‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 209 sur 438 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

lées ; le monde fermente encore dans une sombre confusion , et nul espoir de paix ne rayonne dans le lointain. L’empire est l’arène des armes, les villes sont désertes, Magdebourg est en ruines, le commerce et l’industrie sont abattus; le bourgeois n’est plus rien, le guerrier est tout. L’impudence impunie brave les mœurs, et des hordes barbares, que la longue guerre a rendues sauvages, campent sur le sol dévasté.

Sur ce fond obscur de l’époque, se peint et se détache l’entreprise d’un téméraire courage et un caractère audacieux. Vous le connaissez.... ce créateur d’armées intrépides, l’idole du camp et le fléau des provinces, l’appui et l’effroi de son empereur, l’enfant aventureux de la fortune, qui , élevé par la faveur des temps , monta rapidement aux plus hauts degrés des honneurs, et, insatiable, aspirant toujours plus haut, tomba victime de son ambition indomptée. Obscurcie par la haiine et la faveur des partis, l’image de son caractère nous apparaît incertaine, dans l’histoire; mais l’art doit maintenant le rapprocher, sous des traits humains , de vos yeux , et aussi de vos cœurs. Car, limitant et enchaînant toute chose, l’art ramène à la nature tous les extrêmes; il voit l’homme entraîné dans le torrent delà vie et impute aux astres funestes la plus grande part de sa faute.

Ce n’est pas lui qui se montrera aujourd’hui sur cette scène. Mais, dans ces bandes hardies que dirigent ses ordres puissants, que son esprit anime, sa silhouette vous apparaîtra, en attendant que la muse timide se hasarde à le placer devant vous sous sa forme vivante; car c’est sa puissance qui séduit son cœur, son camp peut seul expliquer son attentat.

Pardonnez donc au poète s’il ne vous entraîne pas tout d’une fois, d'un pas rapide, au dénoûment de l’action, s’il ose dérouler à vos yeux, dans une suite de tableaux, ce grand sujet. Que le spectacle d’aujourd’hui gagne vos oreilles et vos cœurs à des accents inaccoutumés; qu’il vous ramène en arrière à cette époque, sur ce théâtre de guerre, tout nouveau pour vous, et que notre héros remplira bientôt de ses actions.

Et si, modestement, la muse, la libre déesse de la danse et du

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