‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 250 sur 438 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

ocTAVio, leur présentant QuesUnberg.

Le cliambellaii et conseiller de guerre Questenberg. Nous honorons dans ce digne hôte le porteur des ordres impériaux, le grand protecteur et patron des soldats. {Silence général.)

ILLO s’approche de Questenberg.

Ce n’est pas la première fois, monsieur le ministre, que vous nous honorez de votre visite dans le camp.

QUESTENBERG.

Une fois déjà je me suis trouvé devant ces drapeaux.

ILLO

Et savez-vous en quel lieu? C’était à Znaïm, un Moravie, où vous vous ôtes présenté du la part de l'empereur, pour supplier le duc de prendre le commandement.

QUESTENBERG.

Supplier, monsieur le général? Ni ma mission n'allait aussi loin, que je sache, ni mon zèle.

ILLO

Eh bien! pour le contraindre, si vous voulez. Je me le rappelle fort bien.... Le comte Tilly venait d’étre mis en complète déroute sur le Lech.... La Bavière était ouverte à l’ennemi.... Rien ne l’empêchait de pénétrer jusqu’au cœur de l’.\utriche. Vous parûtes alors, vous et Werdenberg, devant notre maître, l’assiégeant de supplications, et le menaçant de la disgrâce de l’empereur, s’il ne prenait pitié de cette situation lamentable. iSOLANi s'approche.

Oui, oui! on conçoit aisément, monsieur le ministre, qu’avec votre mission d’aujourd’hui il ne vous soit pas précisément agréable de vous rappeler l’ancienne.

QUESTENBERG.

Et pour quelle raison ? Il n’y a entre elles rien de contradictoire. Alors, il s’agissait d'arracher la Bohême des mains de l’ennemi ; aujourd’hui, je dois la délivrer de ses amis et de ses protecteurs.

ILLO

Une belle fonction ! Après que nous avons, au prix de notre sang, enlevé la Bohême au Saxon, on veut, pour notre récompense, nous jeter hors du pays.

LES PICCOLOMIXI.

QUESTENBERG.

Si ce pauvre pays ne doit jias échanger simplement un fléau contre un autre, il faut qu’il soit affranchi à la fois du joug des amis et des ennemis.

ILLO

Eh quoi! l’année a été bonne, le paysan peut recommencer à fournir.

Oui, si vous parlez des troupeaux et des lieux de pacage, monsieur le feld-maréchal....

ISOLANT

La guerre nourrit la guerre. Si l’empereur perd des paysans, il n’en gagne que plus de soldats.

QUESTENBERG.

Et s’appauvrit d’autant de sujets.

ISOLANI.

Bah! nous sommes tous ses sujets.

QUESTENBERG.

Avec cette différence, monsieur le comte, que les uns, par une utile activité, remplissent le trésor, et que les autres ne s’entendent qu’à le vider bravement. L’épée a appauvri l’empereur; c’est la charrue qui doit lui rendre sa force.

BUTTLER

L'empereur ne serait pas pauvre, s’il n’y avait pas tant de ces sangsues qui sucent la moelle du pays.

ISOLANI.

Les choses ne doivent déjà pas aller si mal. Il s’en faut, ne le vois-je pas? {se plaçant devant lui et examinant ses vêtements) que tout l’or soit monnayé.

QUESTENBERG.

Grâce à Dieu! on a encore pu sauver quelque chose.... des doigts des Croates.

«ILLO

Là! que Slawata et Martiniz, sur qui l’empereur, au grand scandale de tous les bons Bohèmes, entasse les dons de sa faveur.... qui s’engraissent des dépouilles des citoyens proscrits.... qui grandissent par la ruine commune, qui seuls récoltent dans le malheur public, et insultent, par une pompe royale, aux dou-

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