ACTE I, SCÈNE II
leurs du pays.... que ceux-là et leurs pareils payent la guerre, la guerre funeste, qu’après tout ils ont seuls allumée!
BUTTLER
Et tous ces parasites publics qui ont constamment les pieds sous la table de l’empereur, qui happent avidement tous les bénéfices, ils veulent faire au soldat, qui campe devant l’ennemi, sa part de pain et raturer ses comptes.
ISOLANI.
Je n’oublierai de ma vie comme à Vienne, quand j’y allai, il y a sept ans, pour presser la remonte de nos régiments, ils me traînaient d’une antichambre à une autre, et me laissaient là des heures entières parmi les courtisans, comme si j’étais venu pour demander l’aumône. A la fin.... ils m’envoyèrent un capucin ; je crus que c’était pour mes péchés. Mais non, c’était l’homme avec qui je devais traiter des chevaux de notre cavalerie. Et il me fallut aussi repartir, sans avoir rien terminé. Le duc ensuite me procura en trois jours ce qu’à Vienne je n’avais pu obtenir en trente.
QUESTENBERG.
Oui, oui, cet article s’est retrouvé dans les comptes. Je sais que nous avons encore à payer sur cette fourniture.
ILLO
La guerre est un rude et violent métier. On ne se tire pas d’affaire par des moyens de douceur, on ne peut pas tout ménager. Si l’on voulait attendre qu’à Vienne ils eussent, de vingtquatre maux, choisi le moindre, on attendrait longtemps.... Trancher vivement les difficultés , voilà le mieux , et tant pis pour les accrocs!... I^es hommes, dans la règle, s’entendent à recoudre et à rapiécer, et ils se font mieux à une fatale nécessité qu'à un choix amer.
QUESTENBERG.
Oui, cela est vrai. Le prince nous épargne le choix.
ILLO
Le prince a pour les troupes une sollicitude paternelle; nous voyons quels sont pour nous les sentiments de l’empereur.
QUESTENBERG.
Son cœur est le même pour toutes les conditions, et il ne peut sacrifier l’une à l’autre.
LES PICCOLOMINI
ISOLANI.
Voilà pourquoi il nous pousse dans le désert parmi les bêtes féroces, afin de protéger ses chères brebis.
QUESTENBERG, avec sarcasme.
Monsieur le comte, c’est vous qui faites cette comparaison.... et non pas moi.
ILLO
Cependant, si nous étions tels que la cour le suppose, il était dangereux de nous donner la liberté.
QUESTENBERG, avcc (jravUL
C’est une liberté prise, et non donnée : aussi est-il besoin d’y mettre un frein.
ILLO
üu’on s’attende à trouver un cheval farouche.
QUESTENBERG.
Un meilleur cavalier l’adoucira.