II.LO
11 ne porte que celui qui l’a dompté.
QUESTENBERG.
S’il est dompté, il obéira à un enfant.
ILLO
L’enfant, je 1e sais, on le lui a déjà trouvé.
QUESTENBERG.
Ne vous inquiétez pas de son nom, mais seulement de votre devoir.
BUTTLEB, qui jusqu'alors s'est tenu à l'écart avec Piccolomini, mais en prenant visiblement intérêt à la conversation, s'approche.
Monsieur le président, l’empereur a en Allemagne une magnifique armée. Il y a bien trente mille hommes cantonnés dans ce royaume, et il y en a bien seize mille en Silésie. Dix régiments sont sur le Wéser, sur le Rhin et sur le Mein; six en Souabe, douze en Bavière tiennent tête aux Suédois; sans parler encore des garnisons qui , sur la frontière , défendent les places fortes. Tout ce peuple de soldats obéit à des généraux de Friedland. Ceux qui le commandent sont tous allés à la même école, un même lait les a nourris, un même cœur les anime. Ils sont tous comme des étrangers sur ce sol; le service seul, voilà leur foyer et leur patrie. Ce qui les excite, ce n’est pas l’a-
m;ti: 1, scÈXE ii.
mour du pays, car des milliers sont nés, comme moi, dans des contrées étrangères; ce n’est pas l’amour de l’empereur, car il y en a bien une moitié qui a passé de notre côté en désertant le service étranger, et il leur est indilTérent de combattre sous la double aigle, sous le lion ou sous les lis. Mais un seul homme les conduit tous avec un frein d’une égale puissance, les réunissant en un seul corps par un même amour et une même crainte. Et comme l’étincelle de la foudre court rapidement et sans danger le long de la tige conductrice, ainsi ses ordres tout-puissants passent du poste extrême et lointain qui entend la Baltique se briser sur les dunes ou voit les fertiles vallées de l’Adige, jusqu’à la sentinelle dont la guérite s’élève près du palais de l’empereur.
QOESTENBERG.
Et quel est, en résumé, le sens de ce long discours?
BLTTLER.
C'est que le respect, l’inclination, la confiance qui nous soumettent à Friedland, ne se transplantent pas sur le premier venu que la cour voudra nous envoyer de Vienne. Nous gardons encore un fidèle souvenir de la manière dont le commandement vint aux mains de Friedland. Est-ce peut-être Sa .Majesté Impériale qui lui remit une armée toute faite? N’eut-elle à chercher qu’un chef pour ses troupes?.., 11 n’y avait pas même d’armée. Il fallut d’abord que Friedland la créât; il ne la reçut pas, il la donna à l’empereur. Ce n'est pas de l’empereur que nous tenons Wallenstein pour général. Il n’en est pas ainsi, non! C’est de Wallenstcin que nous tenons l’empereur pour maître! C’est lui, lui seul, qui nous attache à ses drapeaux.
OCTAVio s’ai-ancc entre eux.
C’est seulement pour vous rappeler, monsieur le conseiller, que vous êtes dans le camp, parmi des gens de guerre. C’est la hardie.sse et la liberté qui font le soldat. Pourrait-il agir avec audace si on ne lui laissait aussi le droit de iiarler avec audace?... I.’un passe avec l’autre.... I.a hardiesse de ce brave officier {montrant Ihittler) qui tout à l’heure n’a fait que se méprendre sur son but, a conservé à l’empereur Prague, sa capitale, au milieu d’une terrible révolte de la garnison, datis un moment où la hardiesse était le seul moyen de salut. {On entend au loin une musique ijuerriére.)
taULLEB. — TU. tl
338 LES PICCOtOMINI.
ILLO
Ce sont elles! I>a garde les salue.... Ce signal nous apprend que la ])rincesse est arrivée.
ocTAVio, à Qu(stenbng.
Alors .Max, mon lils, est aussi de retour. 11 est allé les chercher en Carinthic et les a accompagnées ici.
ISOL.XNl, à Hlo.
Allons-nous ensemble les .saluer?
ILLO
Oui, allons. Colonel Buttler, venez! (.4 Oe/amo.) .Souvenez-vous qu’avant midi nous devons encore nous rencontrer chez le prince avec monsieur le conseiller.