‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 254 sur 438 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

prince qui est empereur. La pi-omenade que je viens de faire à vos côlés, à travers le camp, renverse mes espérances.

A'ous voyez maintenant combien est dangereuse la mission que vous m’avez apportée de la cour, et quel rôle délicat j’ai à jouer ici. Le plus léger soupçon du général me coûterait la liberté et la vie, et ne ferait que liiter l'exécution de son projet audacieux.

QUKSTENBERG.

A quoi songions-nous , quand nous avons confié le glaive à ce furieux , et remis une telle puissance en de telles mains ? Pour ce cœur mal gardé, cette tentation-là était trop forte; n’eùt-elle ]>as été dangereuse, même pour un homme bien meilleur? 11 se refusera, je vous le dis, à obéir à l’ordre de l’empereur.... 11 le peut et il le fera.... Nous bravant in.punément, il révélera notre honteuse impuissance.

OCTAVIO

Et ci'oyez-vous qu’il ait fait venir ici, dans son camp, sans raisons, sa femme et sa lille, tout juste en ce moment où nous nous préparons à la guerre? Hetirer ainsi des domaines de l’empereur les derniers gages de .sa fidélité . cela nous annonce l’explosion prochaine de la révolte.

QUESTENBERG.

■Malheur à nous ! Et comment résister à l’orage menaçant qui s'amasse tout autour de nous? L’ennemi de l’empire aux frontières, déjà maître du cours du Danube, et faisant toujours de nouveaux progrès.... Dans l’intérieur du pays , le tocsin de la rébellion.... le paysan en armes.... toutes les classes prêtes à éclater.... et l’année, dont nous attendons notre secours, séduite, farouche, déshabituée de toute discipline.... violemment détachée de l’État, de son empereur, en proie au vertige comme le chef qui la conduit.... instrument redoutable, livré, avec une aveugle docilité, au plus téméraire des hommes.

OCTAVIO

.Mais aussi ne désespérons pas trop tôt , mon ami ! La parole est toujours plus hardie que l’action, et plus d'un qui maintenant , dans son zèle aveugle , parait décidé à toutes les e.xtrémités, sentirait inopinément un cœur battre dans sa poitrine, si

LES Pir.COLOMlNI.

l’on prononçait le vrai nom de l’attentat. En outre.... nous ne sommes pas absolument sans défense. Le comte Altringer et Gallas , vous le savez, maintiennent dans le devoir leur petite armée.... et la renforcent encore journellement.... 11 ne peut nous surprendre ; vous .savez que de toutes parts je l’ai environné de mes espions; je suis informé, à l’instant, de la moindre démarche.... bien plus, .sa proju’c bouche me révèle ses secrets.

QUESTENBERG.

11 est vraiment inconcevable qu’il ne remarque pas l'ennemi qu’il a à ses côtés.

OCTAVIO

N’allez pas croire que je me sois insinué dans ses bonnes grdces par des artilices mensongers, une complaisance trompeuse, et que je nourrisse sa confiance par des paroles hypocrites. Sans doute la prudence et mes devoirs envers l’empire, envers l’empereur, me commandent de lui cacher mes véritables sentiments ; mais jamais je n’en ai simulé de faux pour l’abuser.

QUESTENBERG.

Ce sont visiblement les voies du ciel.

OCTAVIO

Je ne sais ce que c’est.... qui l’attire et l’enchaîne si puissamment à moi et à mon fils. Nous avons toujours été amis, frères d’armes; l’habitude, les communes aventures nous ont liés de bonne heure.... mais je puis dire le jour où tout à coup son coeur s’ouvrit à moi , où sa confiance s’accrut. C’était le matin de la bataille de Lützen. Poussé par un mauvais rêve, j’étais allé le chercher et lui offrir un autre cheval pour le combat. Je le trouvai endormi loin des tentes , sous un arbre. Quand je l’eus réveillé et que je lui fis part de mon inquiétude, il me regarda longtemps avec étonnement ; puis il se jeta à mon cou et me montra un attendrissement dont ce petit service n’était nullemenfdigne. Depuis ce jour, sa confiance me poursuit, à proportion que la mienne le fuit.

QUESTENBERG.

Vous mettrez, n’est-ce jias, votre fils dans le secret 1

OCTAVIO

Non !

Page 1