‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 28 sur 438 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

la fureur des fanatiques, le duc doit conduire une armée en Flandre, investi par le roi de pouvoirs souverains. Que cette mission est glorieuse, qu’elle serait propre à introduire votre fils dans le temple de la Renommée!... O mon roi, confiez cette armée à votre fils, à moi! Je suis aimé des Flamands. J’ose répondre sur ma tète de leur fidélité.

PHILIPPE

Tu parles comme un rêveur. Cette mission demande un homme fait et non <un jeune homme....

CARLOS

Elle ne veut qu’un homme, et c’est la seule chose qu’Albe n’ait jamais été.

PHILIPPE

La terreur seule peut dompter la rébellion. La compassion serait démence.... Ton âme est faible, mon fils; le duc est redouté.... Renonce à ta prière.

Envoyez-moi avec l’armée en Flandre. Risquez la partie avec cette âme faible. Rien que le nom du fils du roi, volant devant mes drapeaux, est sûr de conquérir, où les bourreaux du duc d’Albe ne feront que ravager. Je vous en supplie à genoux. C’est la première prière de ma vie.... .Mon père, confiez-moi la Flandre....

PHILIPPE, examinant Ç Infant d'un regard pênitrant.

Et en même temps ma meilleure armée à ton ambition, le couteau à mon meurtrier?

CARLOS

O mon Dieu ! ne suis-je pas plus avancé, et est-ce là le fruit de cet instant solennel, si longtemps désiré? (Après un moment de ri/lexion, avec une gravité plus douce.). Répondez-moi avec plus de douceur ! Ne me renvoyez pas ainsi. Je ne voudrais pas être congédié avec cette triste réponse, vous quitter avec un tel poids sur le cœur. Traitez-moi avec plus de bonté. C’est le pressant besoin de mon âme, c’est une tentative dernière, désespérée.... Je ne puis comprendre, je ne puis endurer, avec la fermeté d’un homme, que vous me refusiez ainsi tout, oui tout, absolument tout. En ce moment, vous me congédiez. Je sors de votre présence sans rien obtenir , et désabusé de mille doux pressenti-

40 DON CMU.OS.

mrnls.... Voire Albe et votre Domingo vont siéger victorieux là où votre lils a pleuré dans la poussière. La troupe des courtisans, toute la grandesse tremblante, la tribu pile et contrite des moines étaient là comme témoins quand vous m’avez accordé cette solennelle audience. Ne m’humiliez pas! Ne me faites pas, mon père, cette blessure mortelle, de nie livrer honteusement à l’impudente raillerie de la domesticité royale, de montrer à Tous que vous jirodiguez votre faveur à des étrangers, et que les prières de votre Carlos ne peuvent rien obtenir. Pour preuve que vous voulez m’honorer, envoyez-moi en Flandre, avec l’armée.

PHtUrPE,

Ne répète plus cette parole, par la colère de ton roi!

CABLOS.

Je m’expose à la colère de mon roi, et je vous en supplie pour la dernière fois.... Confiez-moi la Flandre! Ce m’est un devoir et une nécessité de sortir d'Es|)agne. Pour moi, vivre ici, c’est respirer sous la main du bourreau.... I^e ciel à Madrid pèse lourdement sur moi, comme la conscience d'un meurtre, l'n prompt changement de climat peut seul me guérir. Si vous voulez me sauver.... envoyez-moi sans retard en Flandre.

PHILIPPE, aree un calme contraint.

Des malades tels que toi, mon fils, exigent de bons soins et doivent demeurer sous l’œil du médecin. Tu resteras en Espagne, le duc ira en Flandre.

CARLOS, hors de lui.

Oh ! maintenant, entourez-moi, mes bons cinges....

PHILIPPE, reculant d’un pas.

Arrête! Que signilient ces airs?

CARLOS, d'une voix tremblante.

.Mon père, la décision demeure-t-elle irrévocable?

PHILIPPE

Elle vient du roi.

CARLOS

Ma tâche est acliexéc. (Il sort dans une vioicnte agitation.)

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