SCÈNE V
DO.N CARLOS, lÆ DUC D’ALÜE.
ALBE, s'avançant sur le passage du Prince.
Deux mots , gracieux prince.
CARLOS
Très-bien.... c’est bon.... Une autre fois. (Il veut sortir.)
ALBE
Ce lieu ne parait pas, il est vrai, le plus convenable. Peut-être plairait-il à Votre Altesse royale de me donner audiepce dans son appartement?
Pourquoi? Cela peut aussi bien se faire ici.... Seulement vite et bref!
ALBE
Ce qui, à proprement parler, m’amène ici, c’est le désir d’exprimer à Votre Altesse mon humble reconnaissance pour co qu’elle s;iit....
CARLOS
De la reconnaissance? A moi , de la reconnaissance? Pour quel motif?... Et cela du duc d’Albe?
ALBE
C’est qu’à peine aviez-vous quitté la chambre du roi que j’ai reçu l’ordre de partir pour Bruxelles.
CARLOS
Pour Bruxelles! Ah!
ALBE
.\ quoi, mon prince, sinon à votre gracieuse intervention auprès de Sa Majesté , pourrais-je l’attribuer?
CARLOS
A moi? Pas le moins du monde.... non. pas à moi, en vérité! Vous partez?... Partez et que Dieu soit avec vous!
DON CAUI.OS.
llien de plus? cela m’étonne. Votre Altesse n’aurait du reste rien à m’ordonrter pour la Flandre?
CARLOS
Quoi « du reste? • Et • pour la Flandre? »
• ALBE
Cependant il semblait tout récemment encore que le sort de ces provinces réclamât la prési'iice même de don Carlos.
CARLOS
Comment cela? Ah oui!... vous avez raison.... C’était ainsi, naguère.... mais c’est bien au.ssi comme cela, très-bien, d’autant mieux....
ALBE
J’entends avec surprise....
CARLOS, sans ironie.
Vous ôtes un grand général.... Qui ne le sait? L’envie même est contrainte de l’aflirmer. Moi.... je suis un jeune homme. C’est aussi ce que le roi a pensé. Le roi a raison, parfaitement raison. Je le reconnais maintenant, je suis satisfait, ainsi n’en parlons plus. Bon voyage! Je ne puis décidément, à cette heure, comme vous voyez.... Il se trouve que je suis pour l'instant quelque peu surchargé.... Le reste h demain, ou quand vous voudrez, ou quand vous reviendrez de Bruxelles....
ALBE
Comment ?
CARLOS, après un moment de silence, voyant que le Duc reste toujours là.
Vous partez dans la bonne saison.... Vous passez par Milan, la Lorraine, la Bourgogne et l’.Allemagne.... L’Allemagne?... Oui, c’était là, on vous y connaît.... Nous sommes maintenant en avril; mai.... juin.... en juillet, tout juste, et, au plus tard, au commencement d’août, vous serez à Bruxelles. Oh! je n'en doute pas , on entendra parler très-prochainement de vos victoires. Vous saurez vous rendre digne de noU e très-gi-acieuse conliance.
ALBE , (T un Ion significatif.
Le pourrai-je, l'âme pénétrée du sentiment de mon néant?