‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 329 sur 438 · I.A MOKT UK WAI.I.EXSTKIN · texte numérisé non relu

I.A MOKT UK WAI.I.EXSTKIN

ainsi de l’empereur, qui est mon maître, je pourrais bien agir de môme envers un ennemi, et (jue l’un serait même plus pardonnable que l’autre. N’esl-ce pas aussi votre opinion, seigneur M'rangel?

WnANGEL.

Je n’ai ici qu’une mission et pas d’opinion.

WAU.ENSTEIN.

L’empereur m’a poussé à l’extrémité. Je ne puis plus honorablement le .servir. C’est pour ma sûreté, par nécessité de me défendre, queje fais la pénible démarche que ma conscience blâme.

WRANGËL.

Je vous crois. Personne ne va si loin sans y être contraint. (Apres une pause.) Ce qui peut ])orler Votre Altesse à agir de la sorte envers son maître et son empereur, c’c.st ce qu’il ne nous appartient pas de juger ni d’interpréter. la* Suédois combat pour sa bonne cause avec .sa bonne épée et sa bonne conscience. I.ie concours des événements, les circonstances sont en notre faVeurj à la guerre, on prolite de tout avantage; nous prenons sans balancer ce qui s’oîfre à nous, et, si tout est exactement ainsi.

WAI.LE.NSTEIN.

De quoi donc doute-t-on? De ma volonté? De mes forces? J’ai promis nu chancelier, s’il me confie seize mille hommes, de les joindre avec dix-huit mille de l’année de l’empereur....

WRANGEL

Votre Grâce est connue pour un grand homme île guerre, pour un second Attila, un Pyrrhus. On parle encore avec étonnemént de la manière dont vous avez autrefois , contre toute attente; réuni une armée, tirée, pour ainsi dire, du néant. Cependant;.;.

WALLENSTEIN

Cependant?

WRANGEL

Son Honneur pense qu’il pourrait être plus facile de mettre, avec rien, seize mille guerriers en camiiagne', que d’en décider seulement la soixantième partie.... (/I s'arrèt,:.)

WAI.LENSTEIN.

Eh bienl quoi? Parlez hardiment.

WRANGEL

•A trahir sa foi.

ACTK I, SCfcXK V. 4^5

WALLENSTEIS.

C'est là sa pensée ? Il juge comme un Suédois et un protestant. Vous autres luthériens, vous combattez pour votre Bible; vous vous intéressez à la cause; c’est de cœur que vous suivez votre drapeau.... Celui d’entre vous qui passe à l'ennemi brise à la fois les liens qui l’attachent à deux maîtres. 11 n’est pas question de tout cela chez nous....

WB ANGEL.

Seigneur Dieu du ciel! N’a-t-on donc chez vous ni patrie, ni foyer, ni église ?

WALLENSTEIN

Je veux vous dire ce qu’il en est.... Oui, l’Autrichien a une patrie et l’aime, et il a aussi des raisons de l'aimer. .Mais cette armée, qui se nomme impériale, qui est campée ici en Bohême, elle n’a pas de patrie ; c’est le rebut des pays étrangers, ce sont les enfants perdus du peuple, à qui rien n’appartient que le soleil commun à tous. Et cette terre de Bohême, pour laquelle nous combattons, elle n’a pas de cœur ]>our son maître, qui lui a été donné par la chance des armes, et non par un libre choix. C’est en murmurant qu’elle porte le Joug imposé à sa foi; la force l’a .soumi.se par la terreur, mais non pacifiée. Elle garde, altérée de vengeance, le brûlant souvenir des horreurs commises sur ce sol. Ia“ lils peut-il oublier qu’on a lâché les chiens sur son père pour le pousser à la messe? Un peuple ainsi persécuté est terrible, soit qu’il se venge, soit qu’il endure un pareil traitement.

WRANGEL

Mais la noblesse et les ofüciers? Une -telle défection , une tellé félonie, seigneur prince, sont sans exemple dans l'histoire du monde.

WALLENSTEIN

Ils sont à moi , sans réserve. Ne m’en croyez pas , moi , mais plutét vos propres yeux. {Il lui donne la formule du serment. Wranfiel la parcourt des yeux, et, après l'avoir lue, il lu pose sur la table et garde le silence.) Que vous en semble? Comprenezvous, maintenant?

WBANGEL.

Comprenne qui pourra! Seigneur prince, je laisse tomber le masque..:. Oui, j’ai plein pouvoir pour tout conclure. Le rhin-

LA MORT DE WALI.EXSTEIX

grave est à quatre journées de marclic d’ici , avec quinze mille hommes; il n’attend qu’un ordre pour se joindre à votre année, t'.i.t ordre, je l’expédierai, dès que nous serons d’accord.

WALLENSTEIN

Une demande le chancelier?

WRANGEL , pesant ses paroles.

Il s’agit de douze régiments de troupes suédoises. .Ma tête doit en répondre. Et comme tout ceci pourrait, après tout, n’étre qu’un jeu trom])eur....

WALLENSTEIN , éclatant.

.Seigneur Suédois !

WRANGEL , continuant avec calme.

Il faut, en conséquence, que j’insiste pour que le duc de Friedland rompe formellement, irrévocablement, avec l’empereur; autrement, on ne lui confiera aucune troupe suédoise.

WALLENSTEIN

Ou’exige-t-on ? Soyez bref et net !

WRANGEL

Que vous désarmiez les régiments espagnols, qui sont dévoués à l’empereur, que vous preniez Prague , et que vous cédiez aux Suédois cette ville, ainsi que la place frontière d’Égra.

WALLENSTEIN

C’est beaucoup demander! Prague! Passe pour Égra! Mais Prague ? Cela ne se peut. Je vous donnerai toutes les sûretés que vous pouvez raisonnablement exiger de moi; mais Prague.... la Bohême.... je puis les défendre moi-même.

WRANGEL

On n’en doute pas. Aussi défendre n'est-il pas ici notre seul but. Nous ne voulons pas avoir dépensé inutilement des hommes et de l’argent.

WALLENSTEIN

Comme de raison.

WRANGEL

Et Prague nous restera en gage, jusqu’à ce que nous soyons dédommagés.

Avez-vous si peu de conliance en nous?

wnANGEL SC lève.

11 faut que le Suédois se tienne sur ses gardes avec les Alle-

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