ACTE I, SCfOXE V
mands. On nous a appelés de delà la Baltique; nous avons sauvé l’empire de la ruine.... nous avons scellé de notre sang la liberté de la foi, la sainte doctrine de l'Évangile....- Mais, maintenant déjà, on ne sent plus le bienfait, on ne sent que le fardeau, on voit d'un œil malveillant les étrangers dans l'empire, et l'on nous renverrait volontiers chez nous, dans nos forêts, avec une poignée d’argent. Non , ce n’est pas pour le salaire de Judas, pour de l’or, des espèces sonnantes que nous avons laissé notre roi sur le champ de bataille ! Le noble sang de tant de Suédois, ce n’est pas pour de l’or et de l’argent qu’il a coulé! Et nous ne voulons pas avec de maigres lauriers reporter nos drapeaux sous le ciel de la patrie ; nous voulons rester comme citoyens sur le sol que notre roi a conquis en y tombant.
WALLENSTEIN
Aidez-moi à dompter l’ennemi commun, et le beau pays de la frontière ne peut vous échapper.
WBANGEL.
Et rennemi commun une fois ten-assé, qui 4onc formera les liens de la nouvelle alliance? Nous n’ignorons pas, seigneur prince, quoique la Suède n’en doive rien savoir,-que vous avez de secrètes négociations avec la Saxe. Qyi nous réiiond que nous ne sommes pas les victimes du traité que l’on croit devoir nous cacher?
WALLE.NSTEIN.
Le chancelier a bien choisi son homme; il ne pouvait pas m’en envoyer un plus tenace. (Se levant.) Trouvez mieux, Gustave Wrangel. Uu’il ne soit plus question de Prague!
WRANGEL
Là finissent mes pouvoirs.
WALLENSTEIN
Vous livrer ma capitale ! J’aime mieux revenir en arrière.... à mon empereur.
wnANGEL.
S’il en est temps encore.
WALLENSTEIN
Cela dépend de moi maintenant encore, à toute heure.
WRANGEL
Peut-être encore il y a quelques jours. Aujourd’hui, vous ne
LA MORT DE W.VLLENSTEIN
le pouvez plus..,. Depuis que S<5sina est pris, vous ne le pouvez plus.
WALLENSTEIN, interdit, garde le silence.
WRANGEL
Seigneur prinre, nous croyons que vos intentions sont loyales ; depuis hier.... nous en sommes sûrs.... Et maintenant que cette feuille nous répond des troupes, il n’y a plus rien qui fas.se obstacle à notre conliance. Prague ne doit pas nous désunir. Mon maître, le chancelier, se contente de la vieille ville; il laisse à Votre Grdce le Radschin et le Petit Côté. Mais, avant tout, il faut qu’Égra s'ouvre à nous, avant qu’on puisse penser à aucune jonction.
WALLENSTEIN
Ainsi, je dois me fier à vous, et vous ne vous fierez pas à moi? Je pèserai votre proposition.
WRANGEL
Pas trop longtemps , je vous en prie et dois vous en prier. Voici déjà deux ans que la négociation traîne; si, celte fois encore, elle n’aboutit à rien, le cliancelier a l’intention de la regarder comme à jamais rompue.
WALLENSTEIN
Vous me pressez beaucoup. Une pareille démarche veut être méditée sérieusement.
WRANGEL
Oui, seigneur prince, avant d'y arrêter son esprit; mais elle ne peut réussir que par une prompte action. (Il sort.)