SCÈNE XXI
LA COMTESSE, LA DUCHESSE, MAX et THÉCLA.
LA COMTESSE , ô la Duchcsse.
S’ils le voient.... Il y a encore de l’espoir, ma sœur.
LA DUCHESSE
De l’espoir? Je n’en ai pas.
MAX, qui, pendant la dernière scène, s'est tenu à l'écart, en proie à une lutte visible, se rapproche.
Je ne puis supporter cela. Je suis venu en ce lieu, l’âme ferme et résolue, je croyais ma conduite droite et irréprochable, et il faut que je figure ici tel qu’un homme digne de haine, dur et inhumain, chargé de la malédiction et de l’horreur de tous ceux qui me sont chers; que je voie indignement accablés, ceux que d’un mot je puis rendre heureux.... Mon cœur se révolte, deux voix s’élèvent et luttent dans ma poitrine; il fait nuit au dedans de moi, je ne puis choisir le bon chemin. Oh! sans doute, tu as dit vrai, mon père. Je me suis trop fié à mon propre cœur. Me voilà chancelant, je ne sais ce que je dois faire.
LA COMTESSE
A’ous ne le savez pas? Votre cœur ne vous le dit pas? Eh bien, je veux vous le dire! Votre père a commis envers nous une trahison criante, il a attenté à la tète du prince, il nous a préci-
LA MORT DE WALLENSTEIN
pités dans la honte ; de là ressort clairement ce que vous, son fils, vous devez faire : réparer ce que son infamie a violé, donner un exemple de pieuse fidélité, pour que le nom de Piccolomini ne soit pas une parole d’opprobre, une éternelle malédiction dans la maison des Wallenstein. ' *
MAX
OÙ trouver la voix de la vérité, que je puisse suivTe? Nous sommes tous agités par le désir, la passion. Si maintenant un ange descendait du ciel vers moi, et me montrait, les puisant, de sa main pure, à la source même de la lumière, le droit, le bien sans tache! {Ses yeux tombent sur Thécla.) Comment? Je cherche encore un ange? En attendrai -je un autre? {Il s’approche ielle et V entoure de son bras.) C’est ici , c’est sur ce cœur, ce cœur infaillible et saintement pur, que je veux déposer mon incertitude ; je veux interroger ton amour, qui ne peut rendre heureuse qu’une Ame digne de bonheur et se détourne du malheureux coupable. Pourras-tu m’aimer encore si je reste? Déclare que tu le peux, et je suis à vous.
LA COJJTESSE, d'un ton expressif.
Réfléchissez....
MAX r interrompt.
Ne réfléchis pas. Parle conune tu sens.
Pensez à votre père....
MAX l’interrompt.
Ce n’e.st pas la fille de Friedland, c’est toi, toi, ma bien-aimée, que j’interroge. Il ne s’agit pas de gagner une couronne : tu pourrais dans ce cas réfléchir avec une prudence avisée. Il s’agit du repos de ton ami, du bonheur d’un millier de cœurs généreux, héroïques, qui prendront pour exemple sa conduite. Doisje abjurer mon devoir et mon serment envers l’empereur ? Doisje lancer dans le camp d’Octavio la balle parricide? Car lorsque la balle est sortie du canon de l’arme, ce n’est plus un instrument inanimé, elle vit, un esprit entre en elle, les furies la saisissent, les vengeresses du crime, et leur perfidie la dirige par la route la plus funeste.
THÉCLA
O Max....