‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 392 sur 438 · ACTE IV, SCÈXE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈXE II

devoir au sérieux, et je ne trompe pas sa confiance si je garde fidèlement ce qui fut remis à ma foi.

' BUTTLER

Dites si vous voulez exécuter contre lui l’arrêt de proscription , me prêter votre aide pour m’assurer de lui.

GORDON , arec un profond chagrin , après un momenl de silence et de répejcion.

S’il en est ainsi.... si les choses sont comme vous dites.... s’il a trahi l’empereur, .son maître, vendu l’armée , s’il a voulu ouvrir à l’ennemi de l’empire les forteresses du pays.... oui, alors il n’y a plus de salut pour lui.... Cependant il est dur qu’il faille, entre tous, que ce soit précisément moi que le sort choisisse pour l’instrument de sa ruine; car nous avons été en- .semLle pages à la coui", à Burgau, mais j’étais le plus dgé.

BUTTI-ER.

Je le sais.

GORDON

Il y a bien trente ans de cela. Dès lors un hardi courage s’agitait dans le jeune homme de vingt ans. Son esprit était plus sérieux ([ue son âge, et virilement ne se dirigeait que sur de grandes cho.ses. 11 marchait au milieu de nous ,' enfermé dans sa jx-msé-e silencieuse, et n’ayant d’autre société que lui-méme. joies de l’adolescence , joies puériles , n’avaieut nul attrait pour lui ; mais souvent il avait de soudains et merveilleux accès, et de son sein mystérieux s’échappait , plein de sens , éclatant , un rayon d’intelligence, et nous nous regardions étonnés, sans bien savoir si c’était la démence, si c’était un dieu qui avait parlé par sa bouche.

BUTTLER

C’est là qu’il tomba de la hauteur de deux étages, s’étant endormi sous l’arceau d’une fenêtre , et qu’il se releva sans s’ôtre fait aucun mal. Depuis ce jour, dit-on, on remai-qua en lui des symptômes de démence,

GORDON

Il devint plus pensif, cela est vrai ; il se fit catholique. Le miracle qui l’avait sauvé le convertit merveilleusement. De ce moment il se regaida comme un être favorisé, alfranchi, et, avec la hardiesse d’un homme qui ne peut broncher, il courut en

il6 I.A MORT DE WALLEXSTEIN.

avant sur la corde vacillante de la vie. Ensuite le destin nous mena, par des routes diverses, loin, bien loin l’un de l’autre. 11 parcourut d’un pas rapide la route audacif use de la f?randeur; j’éprouvais le vertige à le voir niarclier : il devint comte et prince et duc et dictateur, et maintenant tout est pour lui trop petit; il étend les mains vers la couronne royale, et se précipite dans une ruine immense.

BUTTLER

Brisons là. Il vient.

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