ACTE IV, SCÈNE X
s'étondait autour du camp fut de même bientôt franchi par ces escadrons fougueux ; mais leur courage téméraire les avait lancés en avant du reste des assaillants ; l'infanterie était encore bien loin derrière eux ; les Pappenheim seuls avaient audacieusement suivi leur chef audacieux.... {T hécla fait un mouvement. Ij’ Capitaine s'arrête un instant, jusqu'à ce qu’elle lui fasse signe de continuer.) Alors, de front et par les flancs, nous les attaquons avec toute la cavalerie et nous les repoussons jusqu’au fossé, où l'infanterie, promptement formée en bataille , leur oppose un inflexible râteau de piques. Ils ne pouvaient ni avancer ni reculer , serrés dans un étroit et terrible défilé. Le rhingrave alors cria à leur chef de se rendre honorablement , de bonne guerre. Mais le colonel Piccolomini.... {Thécla, prise comme d'un vertige, se tient à un siège.) On le reconnaissait à son panache et à sa longue chevelure, elle s’était détachée dans sa course rapide.... il montre le fossé et lance par-dessus, le premier de tous, son noble coursier; le régiment se précipite après lui..., mais.... déjà c’en était fait ! Son cheval , percé d’une pique , se cabre furieux, lance au loin son cavalier, et, emportés d’un bond fougueux , n’obéissant plus au frein , tous les autres chevaux passent sur lui. {Thécla, qui a accompagné la fin de ce discours de toutes les marques dune anxiété croissante, est saisie dun tremblement violent. Elle va tomber. Jllle de Neubrunn accourt auprès delle et la reçoit dans ses bras. )
NEUBRUNN.
.Ma chère maîtresse!..,
LE CAPITAINE, ému.
Je m'éloigne.
C’est passé.... Achevez votre récit.
LE CAPITAINE
Les troupes , quand elles virent tomber leur chef, furent saisies de la rage du désespoir. .Aucun ne songe plus à son propre salut ; ils combattent , semblables à des tigres furieux. Leur résistance opiniâtre excite les nôtres, et le combat ne prend fin que lorsque le dernier d’entre eux a succombé.
THÉCLA, dune voix tremblante.
Et où.... où est?... Vous ne m’avez pas tout dit.
LA MORT DE WALLEXSTEIN
LE CAPITAINE , aprcs vfie pause.
Nous l’avons enseveli ce matin. Douze jeunes gens des plus nobles familles le portaient. Toute l’armée acrompagnait le brancard funèbre. Un laurier parait son cercueil; le rhingrave y plaça lui-méme son épée victorieuse. Les larmes n’ont pas manqué non plus à son .sort, car il y en a beaucoup parmi nous qui ont éprouvé sa magnanimité , la bienveillance de son caractère, et sa destinée nous a tous émus. Le rhingrave aurait bien voulu le sauver; mais lui-méme a rendu cette intention vaine ; on dit qu’il voulait mourir.
NEUBRUNN, émue, à Thécla , qui s'est entité le visage.
Ma chère maîtresse.... ma maîtresse, levez les yeux! Oli! pourquoi faut-il que vous ayez persisté îi vouloir cet entretien !
THÉCLA
....Où est son tombeau?
LE CAPITAINE
On l’a déposé dans l’église d’un couvent à Neustadt , en attendant qu’on ait reçu des nouvelles de son père.
THÉCLA
Comment se nomme ce enuvent ?
LE CAPITAINE
L’abbaye de Sainte-Catherine.
THÉCLA
Est-il loin d’ici ?
LE CAPITALNE.
On compte sept milles.
THÉCLA
Quelle est la route?
LE CAPITAINE
On passe par Tirschenreut et Falkenbcrg, à travers nos avant-postes.
THÉCLA
Qui les commande?
LE CAPITAINE
Le colonel Seckendorf.
THÉCLA s'approche de la table et tire une bague d'un écrin.
Vous m’avez vue dans mon affliction, et vous m’avez montré un cœur humain.... Acceptez (lui donnant la bague) un souvenir de cette heure.... Allez....