ACTE III, SCÈNE II
LE ROI
Le feu était au pavillon de gauche. N’avez-vous pas entendu le bruit ?
ler:;e.
Non , Votre .Majesté.
LE ROI
Non? Comment? Je l’aurais donc simplement rêvé? Ce ne peut être l’etTet du hasard. La reine ne couche-t-elle pas dans cette aile ?
LERME
Oui , Votre .Majesté.
LE ROI
Ce rêve m’épouvante, (lue désormais l’on y double la garde , entendez-vous? dés que le soir viendra.... mais secrètement, très-secrètement.... Je neveux pas que.... Vous m'examinez du regard ?
LERJIE.
Je remarque des yeux enflammés qui réclament du sommeil. Oserais-je rappeler à Votre jMajesté le soin d’une vie précieuse , lui rappeler ses peuples qui liraient, avec une surprise inquiète, dans ces traits de son visage, la trace des nuits sans sommeil ?... Rien que deux jietites heures consacrées au repos ce matin....
LE ROI , ks yeux égarés.
Le sommeil , le sommeil! je le trouverai à l’Escurial.... Pour le roi , tant qu’il dort , c’en est fait de sa couronne ; pour le mari, du cœur de sa femme.... Non, non ! c’est une calomnie.... N’est-ce pas une femme , une femme qui l’a murmuré à mon oreille ? Le nom de la femme est calomnie. Le crime ne sera pas certain avant qu’un homme me l’aflirme. ( .Aux Payes , qui , pendant ce temps, se sont éveillés.) Appelez le duc d’Albe. (Us Pages sortent.) Approchez , comte ! Est-ce vrai ? ( Il s'arrête devant le Comte et l'interroge du regard.) Oh! pendant un seul battement de mon pouls, avoir la toute-science !... Jurez-le-moi , est-ce vrai? Je suis trompé ? Le suis-je ? Est-ce vrai ?
LERME
■ .Mon grand roi , mon excellent roi....
LE ROI , reculant brusquement.
Roi ! seulement roi , toujours roi !... Pas de meilleure réponse
DON CAHLOS.
qu’un écho vide et creux ? Je frappe ce rocher cl je veux de l’eau , de l’eau pour ma soif, dans ma lièvre ardente.... et il me donne un or brûlant.
LERME
Qu’est-ce qui serait vrai, mon roi?
LE ROI
Rien , rien. Laissez-moi. Allez. ( Le Comte veut s’éloigner. Il U rappelle encore. ) Vous ôtes marié ? Vous êtes père ? Oui ?
LERME
Oui , Votre .^fajesté.
LE ROI
Marié , et vous pouvez vous hasarder à veiller une nuit auprès de votre maître ? Vos cheveux sont gris et vous ne rougissez pas de croire à l’honnéteté de votre femme? Oh! allez chez vous , et vous la trouverez dans les embrassements incestueux de votre fils. Groyez-en votre roi, allez.... Vous demeurez interdit? Vous me regardez d’un air significatif?... Serait-ce parce que j’ai , moi aussi , des cheveux gris ? .Mallieureux , ravisezvous. Les reines ne souillent pas leur vertu. Vous êtes un homme mort, si vous doutez....
LERME , avec chaleur.
Qui le pourrait? Dans tous les États de mon roi, qui aurait l’impudence de ternir d’un souffle, envenimé par le soupçon, cette vertu angélique? Un tel outrage è la meilleure des reines....
LE ROI
La meilleure? Pour vous donc aussi la meilleure? Je trouve qu’elle a des amis bien chauds autour de moi. Cela doit lui avoir coûté cher.... plus cher qu’à ma connaissance elle ne peut payer. Vous pouvez vous retirer. Faites venir le duc.
LERME
Déjà je l’entends dans l’antichambre.... ( Fl veut sortir. )
LE ROI , d'un ton adouci.
• Comte! Ce que vous avez remarqué tout à l’heure est vrai, j’en conviens. Ma tète est brûlante , de cette nuit sans sommeil.... Oubliez ce que j’ai dit en rêvant tout éveillé. Entendez-vous? oubliez-le ! Vous pouvez compter sur la faveur de votre roi. ( Il lui donne sa main à baiser. Lerme se retire et ouvre la porte au duc (fAlbe.)