‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 58 sur 438 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE ROI et LE DUC D’ALRE.

ALBE s'approche du Roi d'un air incertain.

Un ordre aussi imprévu pour moi.... à cette heure extraordinaire? {Il hésite et s'étonne, en examinant le Roi plus attentivement. ) Et cet aspect....

LE ROI s’est assis et a pris le médaillon sur la table. Il regarde longtemps le Duc en silence.

C'est donc bien vrai ? Je n’ai pas un seul serviteur fidèle ?

ALBE s’airéte interdit.

Comment ?

LE ROI

Je suis offensé mortellement.... on le sait, et personne qui m’avertisse.

ALBE, avec un regard de profonde surprise.

Une offense dont mon roi serait l’objet et qui aurait échappé à mes yeux?

LE ROI lui montre les lettres.

Reconnaissez-vous cette main?

ALBE

C’est la main de don Carlos....

LE ROI. {Moment de silence, pendant lequel il obseri'e le Duc (T un ceil pénétrant.)

Ne soupçonnez-vous rien encore? Vous m’avez dit d’étre en garde contre son ambition. N’était-ce que son ambition, sa seule ambition, que j’eusse à redouter? >

Ambition est un grand.... un vaste mot, qui peut comprendre encore un nombre infini de choses.

LE ROI

Et n’avez-vous rien de particulier à me révéler?

ALBE, après un moment de silence, d’un air mystérieux.

Votre .Majesté a confié le royaume à ma vigilance. Je dois au royaume mes pensées les plus intimes et toute ma pénétration. Ce que du reste je conjecture, ou pense*, ou sais, m’appartient

DON CARLOS

en propre. C’e.st un domaine sacré dont l’esclave vendu peut légitimement, de même que le vassal, fermer l’accès aux rois de la terre.... Ce qui est clair aux yeux de mon Urne, n’est pas toujours as.sez môr pour mon roi. Si cependant il veut que je le satisfasse, je dois le prier de ne pas m’interroger comme mon maître.

LE ROI lui donne les lettres.

Lisez.

ALBE lit et se retourne, effrayé, vers le Roi.

Quel est l’insensé qui a pu remettre ce malheureux écrit dans les mains de mon roi ?

LE ROI

Quoi?... Ainsi vous savez à quoi le contenu se rapporte?... Le nom, s’il m’en souvient, est évité dans cet écrit.

ALBE rccxtle interdit.

J’ai été trop prompt.

LE ROI

Vous savez?

ALBE, après un moment de réflexion.

■Mon secret m’a échappé. Mon maître ordonne.... je ne puis plus reculer.... Je ne le nie pas.... je connais la personne.

LE ROI, se levant, avec une émotion terrible.

Oh! aide-moi à imaginer une mort nouvelle, dieu terrible de la vengeance!... I.eur intelligence est si claire, si connue du monde, si publique, que, sans avoir la peine d’examiner, on la devine au premier coup d’œil.... C’est trop fort! Et je n’en ai rien su ! rien su d’un tel .secret! Je suis donc le dernier à le découvrir! le dernier de tout mon royaume....

ALBE se jette aux pieds du Roi.

Oui, je me reconnais coupable, très-gracieux monarque. Je rougis d’une Iftche prudence qui me conseillait de me taire quand l’honneur de mon roi, la justice et la vérité me pres.saicnt hautement de parler.... Eh bien! puisque tout s’obstine à se taire.... puisque le charme de la beauté enchaîne les langues de tout ce qu’il y a d’hommes à la cour, j’en veux courir le risque, je parlerai, bien que je sache que les assurances insinuantes d’un fils, que les attraits séducteurs, les larmes d’une épouse....

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