‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 59 sur 438 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

LE ROI, vivement et avec véhémence

Levez-vous! Vous avez ma parole royale.... Levez-vous! parlez sans effroi !

ALBE, se levant.

Votre Majesté se souvient peut-être encore de la scène du jardin d’Aranjuez. Vous trouvâtes la reine abandonnée de toutes ses dames.... le regard troublé.... dans une allée écartée.

LE ROI

Ah! que vais-je entendre? Continuez.

ALBE

La marquise de Mondécar fut bannie du royaume, parce qu’elle eut assez de générosité pour se sacrifier sur-le-champ à la reine.... Maintenant nous sommes informés.... La marquise n’avait fait que ce qui lui avait été ordonné. lie prince avait été là.

LE ROI

11 avait été là? Mais alors....

ALBE

Les traces d’un homme empreintes dans le sable et qui, partant de l’entrée de gauche de cette allée, se perdaient dans la direction d’une grotte, où était encore un mouchoir perdu par l'infant, éveillèrent aussitét le soupçon. Un jardinier y avait rencontré le prince, et c’était, presque à une minute près, au moment môme où Votre Magesté paraissait dans l’allée.

LE ROI, revenant à lui, après de sombres réflexions.

Et elle pleura, quand je laissai voir ma surprise! Elle me fit rougir devant toute ma cour, rougir à mes propres yeux.... Par le ciel ! j’étais là comme un condamné, devant sa vertu.... {Long et profond silence. Il s'assied et se couvre le visage.) Oui, duc d’Albe.... vous avez raison.... Cela pourrait me conduire à quelque chose de terrible.... Laissez-moi seul un moment.

' ALBE

' Mon roi, cela même n’est pas encore absolument décisif....

LE ROI, étendant la main pour saisir les papiers.

Et ceci non plus? Et ceci? Et encore cela? Et cet accord éclatant de preuves convaincantes? Oh! c’est plus clair que le jour.... Il y a longtemps que je l’avais prévu.... Le crime commença dès ce premier moment où je la reçus de vos mains à Madrid.... Je

DON CARLOS

voi.s cnrore fe ftgard d’eiïroi quelle arrôta, pAle comme un fantôme, sur mes cheveux gris. C’est alors que commença ce jeu perlide!

ALBE

Le prince, dans sa jeune môrc, perdait une fiancée. Déjà ils s’étaieut bercés de communs désirs; leurs âmes s’étaient accordées dans une ardente sympathie, que leur situation nouvelle leur interdi.sait. La crainte était déjà vaincue, la crainte qui accompagne d’ordinaire le premier aveu, et la séduction leur parlait plus hardiment par les images, déjà familières, de leurs légitimes souvenirs. Unis par l’harmonie des sentiments et de l’âge, irrités par la méniecontraintc, ils obéirent avec d’autant plus d’au- . dace aux transports de la passion. La politique avait attenté aux droits de leur penchant : est-il croyable, mon roi, qu’il ait reconnu celte toute-j)ui.ssance à un conseil d’État, et qu’il ait résisté à la tentation de soumettre à un examen plus attentif le choix du cabinet? Elle comptait sur l’amour et reçut.... un diadème....

LE ROI, blessé, et avec amertume.

Vous distinguez avec beaucoup.... beaucoup de sagesse, duc.... J’admire votre éloquence. Je vous remercie. (Se levant, d'un ton froid et avec hauteur. ) A'ous avez raison ; la reine a commis une faute grave, en me cachant des lettres de ce genre.... en me faisant un mystère de la coupable apparition de l’infant dans le jardin. Par une fausse générosité, elle a commis une grande faute. Je saurai la punir. {U tire la sonnette.) Qui est encore dans l’antichambre? Je n’ai plus besoin de vous, duc d’Albe. Retirez-vous !

ALBE

Aurais-je. par mon zèle, déjilu une seconde fois à Votre Majesté?

LE ROI, à un Page qui entre.

Faites venir Domingo. {Le Page s'en va.) Je vous pardonne d’avoir pu , pendant près do deux minutes, me laisser craindre une offense comme on en peut commettre envers vous. {Albe s'éloigne.)

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