SCÈNE IV
LE ROI, DOMINGO. Le Roi va et vient pendant quelques instants ' pour se recueillir.
DOMINGO entre, quelques minutes après que le Duc est sorti, et s'approche du Roi, qu'il regarde un moment dans un silence solennel.
Que je suis, agréablement surpris de trouver Votre Majesté si tranquille, si résolùinent calme!
LE ROI
Vous ôtes surpris?
DOMINGO
Je bénis la Providence que ma crainte, après tout, ait été sans fondement. J’ai d’autant plus à présent le droit d’espérer.
Votre crainte? Qu’y avait-il à craindre?
DOMINGO
Votre Majesté, je ne puis cacher que je suis déjà informé d’un mystère....
LE ROI, d'un air sombi-e.
Ai-je donc déjà exprimé le désir de le partager avec vous?Qui me prévient ainsi, sans ordre? Voilà qui est bien hardi, sur mon honneur!
DOMINGO
Mon roi! Le lieu, l’occasion où je l’ai appris, le sceau sous lequel on me l’a révélé, m’absolvent au moins de cette faute. C’est au confessionnal qu’il m’a été confié.... confié comme une faute qui charge la conscience délicate de la révélatrice, et dont elle demande pardon au ciel. I.a princesse déplore trop tard une action qui peut avoir, elle a des motifs de le craindre, les plus terribles suites pour la reine.
LE ROI
Réellement? 1.6 bon cœur.... Vous avez parfaitement deviné pourquoi je vous faisais apjieler. 11 faut que vous me dégagiez dé ce sombre labyrinthe , où un zèle aveugle m’a jeté. De vous j’attends la vérité. Parlez-moi ouvertement. Que dois-je croire? que résoudre? De votre ministère je réclame la vérité.
DON CARLOS
DOMINGO
Sire, quand la niansuLMude de ce ministère ne m’imposerait pas la douce loi de rindulgence, je n’en conjurerais pas moins Votre Majesté, je la conjurerais au nom de son repos, de ne pas aller au delà de ce qu’elle a découvert.... de renoncer à tout jamais à pénétrer un mystère qui ne peut en aucune façon se dévoiler d’une manière heureuse, (le qui est connu jusqu’ici peut se pardonner. Tu mot du roi.... et la reine n’a jamais failli. La volonté du roi confère la vertu comme la fortune.... et rien que le calme toujours égal de mon roi fieut faire tomber les rumeurs que la calomnie se permet.
LE ROI
Des rumeurs? sur moi? et parmi mon peuple?
DOIUNGO.
Mensonges! damnables mensonges! Je le jure. Cependant il y a .sans doute des cas où la croyance du peuple, quelque dénuée qu’elle soit de preuves, acquiert autant d’importance que la vérité.
LE ROI
Par le ciel ! et ici ce serait tout juste un de ces cas....
DOMINGO
La bonne renommée est le bien précieux, le bien unique où la reine et la bourgeoise doivent prétendre à l’envi....
LE ROI
Un bien, j’aime à le croire, pour lequel il n’y a ici rien à craindre. {Il arrête sur Domingo un regard de doute. Après un moment de silence. ) Chapelain, j’ai encore, je le vois, quelque chose de fJeheux à entendre de vous. Point de retard. Depuis longtemps je le lis sur ces traits, prophètes de malheur. Parlez! quoi que vous ayez à dire! Ne me laissez pas plus longtemps à la torture. ()ue croit le peuple?
DOMINGO
Encore une fois, .Sire, le peuple peut se tromper.... et il se trompe certainement. Ce qu’il soutient ne doit pas ébranler le roi.... Seulement.... qu’il ait osé déjà se risquer à soutenir de telles choses....
LE ROI
Quoi? Faut-il que je mendie de vous si longtemps une goutte de poison?