RELATIVES AU DRAME DES BRIGANDS
Le drame des Hrigands a été publié par Schiller sous deux formes qui différent beaucoup l'une de l’autre : 1* Sous sa forme première et originelle, tel qu’il a paru, d’abord en 1781 , sans nom d'auteur, puis, en 1782, chez Lœffler, avec quelques changements et sous le nom de Fr. Schiller; c’est cette forme que reproduisent les œuvres complètes et que nous avons traduite; 2* sous sa forme théâtrale, presque entièrement oubliée aujourd'hui , et tel qu’il figure, complètement remanié par le poète, à la demande de Dalberg, dans l’édition publiée pour la scène de Mannheim en 1782, chez Schwan, la même année que la seconde édition de la version première, destinée à la lecture.
Parmi les variantes qu’offrent les réimpressions de cette version première, nous n’en signalerons qu’une seule. Dans la scène troisième du second acto, après les mots «climat de coquins b (voy. p. 64 ), Spieüelberg ajoutait:
c .... et je te le conseille, viens avec moi dans le pays des Grisons; c’est l’Athènes des larrons d’aujourd’hui. »
Ce passage, supprimé depuis, avait donné lieu à une plainte qui indisposa le duc de Wurtemberg contro l’auteur, à un tel point qu’il lui défendit de rien imprimer de poétique désormais. La plupart des autres modifications affectent surtout la langue et le style et n’auraient nul intérêt dans une traduction. En trois ou quatre endroits,’ Schiller a supprimé, dès la seconde édition, des obscénités qui seraient encore plus choquantes en français qu’en allemand, et que je m’abstiendrai en tout cas de relever ici. Du reste, en revoyant son TMdfre pour ses œuvres complètes, peu de temps avant sa mort, il s’est tenu le plus près possible du jet primitif et a suivi la première édition plutôt que la seconde. On trouvera la Préface de celle-ci parmi les pièces contenues dans cet Appendice.
Les changements que nous présente le texte du drame remanié pour le théâtre , quand on le compare à celui de l’édition originale, sont très-considérables. Pour les indiquer tous bien clairement, il faudrait donner en entier l’édition de Mannheim. Nous nous contenterons de marquer ici les principaux, soit textuellement, soit au moyen d’analyses.
I,ES BRIGANDS
Dans la première scène, c’est surtout par des retranchements que le texte de l'édition théAtrale diffère du texte original. J.e poète a fait notamment de trèsgrandes coupures dans le monologue de Franz, qui termine la scène; il en a retranché les parties les plus révoltantes, ces monstruosités, vraiment impossibles, que je me repens d'avoir traduites.
La scène troisième est devenue la deuxième, et la deuxième de la première édition a été divisée en cinq, de façon que l’acte entier en a sept, au lieu de trois. Du reste, le sujet dos scènes et la marche de l’action sont demeurés les mêmes, et la différence consiste dans des remaniements de style et surtout dans des omissions.
Dans la quatrième scène, entre Charles de Moor et Spiegelberg, Schiller a daté la pièce, et transporté l'action à la fin du xv* siècle, au temps où l’empereur Maximilien publia l'édit de la paix publique. Voici la partie du dialogue qui fixe cette date, c'est le commencement de la scène ;
SPIEGELBERG.
Peste! peste! Coup sur coup! Malédiction 1 Sais-tu, Moor? Sais-tu?... C’est à devenir fou enragé.
MOOR
Quoi donc encore?
SPIEGELBERG.
Tu le demandes? Lis,... lis toi-méme.... C'en est fait de notre ménage.... La paix en Allemagne.... Que le diable emporte la prétraille!
MOOR
La paix en Allemagne !
SPIEGELBERG.
C’est à se pendre.... et le droit du poing supprimé à jamais ... Toutes les hostilités défendues sous peine de mort.... Meurtre et mort!... Crève, Charles!... où jusqu’ici nos glaives pourfendaient, les plumes désormais vont gratter le papier.
moor jette son épée.
Que les poltrons, alors, et les marauds manient le gouvernail et que les hommes brisent leurs épées.... La paix en Allemagne!... Va, cette nouvelle t'a marqué do noir à jamais à mes yeux.... Des tuyaux déplumés d’oie au lieu de glaives.... Malédiction sur cette paix qui transforme honteusement en allures de limace ce qui serait devenu le vol de l'aigle!... La paix n’a encore formé aucun grand homme, ipais la guerre fait éclore des colosses et des héros, etc., etc.
Dans la version originale, la date de l’action est le milieu du XVIII* siècle, le temps de la bataille de Prague (1757). C’est Dalberg qui exigea que Schiller changeât l’époque; il soutenait avec raison qu’il eût été impossible qu’une telle troupe se formât et subsisté! plusieurs années en pleine civilisation moderne. Le poète finit par se rendre et consentit à celte modification, mais il ne mit pas tout d’accord dans sa pièce avec cette date nouvelle et laissa subsister plus d’un anachronisme.
APPENDICE