‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 110 sur 372 · I.ES BRIGANDS · texte numérisé non relu

I.ES BRIGANDS

HERMANN, a vec arrogance.

Sans tant de façons, s'il vous plaît. Pour ce que nous arrangerons ensemble aujourd'hui, cet espace d'un pied carré peut bien suffire.... Je pourrais, en tout cas, faire précéder l'entretien de quelques paroles qui épargneraient ensuite des efforts à vos poumons.

franz , reculant.

Hum!... et que serait-ce?

hermann , avec rancune.

a Tu auras Amalie.... tu l'auras de ma main.... » franz , stupéfait.

Hermann.

hf.rmann, comme plus haut, tournant toujours le dos a Franz.

s Amalie est le jouet de ma volonté.... Tu peux donc aisément le figurer.... Bref! tout ira à souhait. » (Il éclate en un rire furieux; puis, avec arrogance :) Qu'avez-vous à me dire, comte Moor?

franz , éludant.

A toi, rien.... J'ai envoyé chercher Hermann.

HERMANN

Pag d'écart!... Pourquoi m'a-t-on mandé ici en toute hâte?... Pour être encore une fois votre jouet, comme avant? pour tenir l'échelle au voleur pendant qu’il fait irruption? pour que je fasse encore le métier de dupe, moyennant un schelling? N'est-ce pas cela?

• franz, devenant circonspect.

Oui, bien ! N’oublions pas, en jasant, l'affaire principale.... Mon valet de chambre t’aura sans doute averti.... Jo voulais seulement t'entendre au sujet de la dot.

HERMANN

Je crois que vous vous moquez de moi.... ou c'est pire encore, pire, vous dis-je, si vous ne vous moquez pas. Moorl prenez garde.... ne me mettez pas hors de moi, Moor ! Nous sommes seuls. J'ai d'ailleurs encore un nom honnête à mettre en jeu avec vous. Ne vous fiez pas au diable que vous avez vous-même enrôlé.

franz , avec dignité.

Est-ce à ton maître souverain que s’adresse un tel langage?... Tremble, esclave !

hermann , Sun ton moqueur.

Non de crainte , sans douto , d’encourir votre disgrâce?... Votre disgrâce à qui s’en veut à soi-même I Fi, Moor! Déjà j’ai horreur en vous du coquin, ne me forcez pas à rire aussi du fat. Je puis ouvrir des sépulcres et ordonner à des morts de ressusciter.... Qui maintenant est esclavo ?

franz, très-souple.

Ami , sois raisonnable et non perfide.

hermann.

Taisez-vous. Ici, la malédiction est raison, et la fidélité seraitdémence. — Fidélité! à qui? Fidélité à l’éternel monteur?... Ohl les dents me claqueront pour cette fidélité-là, tandis qu’une petite dose d’infidélité, alors , eut fait de moi un saint.... Mais patiencet patience! la vengeance est rusée.

APPENDICE

FRANZ

Mais, à propos 1 II est heureux que je m'en souvienne. Tu as perdu dernièrement dans cette chambre une bourse de cent louis. Peu s’en faut que cela n’ait été oublié. Reprends, camarade, ce qui est à toi. (Il lui met de force une bourse dans les mains.)

hfrmann la lui jette avec m/pris devant les pieds.

Malédiction sur ces deniers d'Iscbariotl Ce sont les arrhes de l'enfei.... Une fois déjà vous avez voulu faire de ma pauvreté la séductrice de mon cœur.... mais vous avez manqué le but, comte, vous êtes à cent lieues.... Cette bourse pleine d’or me vient admirablement à point.... pour alimenter certaines personnes.

franz , effrayé.

Hermann I Hermann! ne fais pas poindre en moi certains rêves à ton sujet.... Si tu faisais plus que tu n’as dû faire.... tu serais un homme épouvantable , Hermann !

hermann , avec jubilation.

Le serais-je? le serais-je vraiment? Eh bien! alors, écoutez ma nouvelle, comte! (D’un ton significatif.) J’alimente votre infamie, je nourris votre condamnation. Je veux un jour vous la servir comme régal et inviter au festin les peuples de la terre. (Avec un rire sardonique.) Vous me comprenez, au moins, mon souverain, gracieux et puissant seigneur?

FRANZ bondit , ne se possédant plus.

Ah! démon! tricheur! (Se frappant le front du poing.) Et attacher ma fortune aux caprices d’une tête en proie au vertige!... C’était bétel (Il se jette sans voix dans un fauteuil.)

hermann sif/le entre ses doigts.

Fi de l’artiste madré 1

franz , avec amertume.

Il est donc vrai et encore vrai ! 11 n’est pas sous le soleil de fil filé si fin qui rompe aussi vite que la trame d’une coquinerie.

, HERMANN

Doucement! doucement! Les anges ont-ils donc dégénéré, que les démons se mettent à moraliser?

franz se lève brusquement et dit à Hermann avec un rire méchant :

El à cette découverte certaines gens recueilleront sans doute aussi beaucoup d’honneur?

hermann c laque des mains.

Magistral! Incomparable! vous jouez votre rôle , qu'on vous baiserait! On tire d’abord dans le bourbier le fou crédule, p«is gentiment on lui crie ce sarcasme : « Malheur à toi, pécheur!... » (Souriant et grinçant les dénis.) Oh! comme ces Belzébuths raffinent habilement!... Pourtant, comte! (Lui frappant sur l’épaule.) Nous n’avons pas tout appris encore.... morbleu! Il faut d’abord que tu entendes ce que risquo le perdant.... Le feu aux poudres I dit le corsaire, et tout saute en l’air.... ami et ennemi I

franz va rapidement vers le mur et saisit son pistolet.

C’est une trahison! De l'audace....

LES BRIGANDS

hermann lire tout aussi vile un pistolet de sa poche et couche en joue.

Ne vous donnez nulle peine. C'est un cas qu’on prévoit chez vous.

Franz laisse tomber le pistolet et se jelte , hors de sens, dans le fauteuil.

Mais, de grâce, bouche close, jusqu’à ce que.... j’aie eu le temps de me reconnaître.

HERMANN

Que vous ayez soudoyé une douzaine d’assassins , pour me paralyser la langue et pour longtemps? n'est-il pas vrai?... Mais (lui pariant à l’oreille).... le secret est dans un papier, que mes héritiers ouvriront. (Il s'en va.)

FRANZ, seul; il s’esl levé de son fauteuil.

Franz! Franz! qu’était-co que cela? Qu'avais-tu fait de ton courage, de ton esprit toujours si prompt?... Malheur! malheur! mes créatures aussi me trahissent. Les piliers de ma fortune commencent à faiblir et l’ennemi fait irruption avec fureur.... Bien! il faut une prompte résolution!... Quoi? si j’allais raoi-méme ... et lui enfonçais mon épée dans le corps, par derrière?... Un homme blessé est un enfant.... Alerte! je veux le tenter. (Il va à grands pas vers le fond de la scène, puis s’arrête soudain, saisi d'une torpeur effrayante.).... Qui se glisse derrière moi? (Roulant affreusement les yeux.).... Des visages comme je n’en ai jamais vu.... des notes stridentes.... J’ai assurément du courage.... du courage autant que personne !... Si un miroir me trahissait? ou mon ombre? ou le vent de ma marche meurtrière?... Hou! hou!... l'etfroi frémit dans les boucles de mes cheveux.... Dans mes os une douleur qui les broie! ( Il laisse tomber le poignard de dessous son vêtement.) Lâche, je ne le suis pas.... j’ai le cœur par trop tendre.... Oui! c’est cela!... Ce sont les convulsions de la vertu mourante.... Je les admire.... Il faudrait que je fusse un monstre pour porter la main sur mon propre frère.... Non! non! non! loin de moi un tel crime.... Ces restes de l'humanité en moi, je les veux tenir en honueur.... Je ne veux pas tuer.... Tu as vaincu, Nature.... Moi aussi, je sens encore quelque chose qui ressemble à l’amour.... Qu’il vive!

( Il s’en va.)

Après ce monologue de Kranz , qui forme la scène neuvième , vient le monologue d’AMAUE, dans le jardin , qui est la scène quatrième de l’édition originale (p. 120). L'auteur l’a beaucoup modifié et l’a terminé ainsi :

« Tu pleures, Amalie?... Ah 1 fuis! fuis! Demain , je serai une sainte! (Elle se lève.) Sainte? Pauvre cœur! Quel mot ai-je prononcé? Autrefois il résonnait si doucement à mon oreille.... Maintenant! maintenant! tu as menti, mon cœurl Tu me persuadais que c’était victoire sur moi-mème! Cœur hypocrite ! C’était désespoir. > (Elle s’assied sur le canapé et se cache le visage. )

La scène onzième est la confidence d’Hermann à Amalie , qui , dans les reu-

APPENDICE. 173

vrcs, termine la première scène du troisième acte (p. 90). L’auteur lui a donné une forme toute nouvelle.

HERMANN, à part.

Le commencement est fait.... Que maintenant la tempête continue de sc déchatner, dut le déluge me monter jusqu'à la gorge, (/faut. ) Mademoiselle Amaliet Mademoiselle Àmalie!

amalie tressaille d'effroi.

Un espion? Que cherches-tu ici?

HERMANN

J’apporte des nouvelles plaisantes, joyeuses et terribles. Si vous êtes d'humeur à pardonner des offenses , vons entendrez des choses merveilleuses.

AMALIE.

Je n’ai pas le souvenir des offenses; épargne-moi les nouvelles.

HERMANN

Ne pleurez-vous pas un amant?

amalie le mesure d’un regard plein de grandeur.

Enfant du malheurl Qu’est-ce qui t'autorise à mo faire cette question?

Hermann, d'un air sombre , et comme à part, en baissant la tête.

La haine et l’amour.

amalie, avec amertume.

V a-t-il donc quelqu’un qui aime sous notre ciel?

hermann, regardant autour de lui d'un air farouche.

Jusqu'à tramer une infamie!... Ne vous esl-il pas mort dernièrement un oncle?

amalie, avec tendresse.

Un père a été enlevé à sa fille.

HERMANN

Ils vivent! (Il se précipite dehors.)

La scène douzième, entre Amalie et Charles, est citée, presque en entier, dans la Critique des Brigands par l’auteur (voy. p. 189 ).

La scène de la forêt, qui est la cinquième dans la première édition, et forme dans l’édition de Mannheim, les scènes treize à dix-huit, a subi beaucoup moins de changements. Toute la fin, depuis ces mots du vieux «toon : « Je m’évanouis à cette nouvelle ... » ( p. 134 ) est absolument semblable dans les deux versions.

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