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LES BRIGANDS
poète. Puis , quand même la nature, après cent ans , mille ans de préparation, franchirait si violemment ses rives, quand je pourrais accorder cela , le poète ne pècbe-t-il pas d’une manière impardonnable contre ses premières lois, quand il loge, à contre-sens, dans l’âme d'un jeune homme cette monstruosité de la nature se souillant elle-même? En admettant, encore une fois, que cette monstruosité soit possible, ne faudra-t-il pas qu’un tel homme ait rampé d’abord par les mille labyrinthes tortueux de la corruption personnelle ; qu’il ait violé mille devoirs , pour apprendre à les mépriser ; qu’il ait faussé mille émotions de la nature visant au parfait , pour en pouvoir faire un objei do risée? En un mot , ne lui faudra-t-il pas tenter d’abord tous les subterfuges, épuiser tous les égarements, pour gravir péniblement cet abominable non plus ultra?
Les transformations morales ne se font pas plus d’un seul bond que les physiques. Aussi aimé-je trop la nature de l’espèce à laquelle j’appartiens, pour ne pas condamner dix fois le poêle, plutôt que de la croire capable d’une telle corruption cancéreuse. Quel que soit le nombre des zélateurs et des prêcheurs intrus qui me crient du haut de leurs nuages : « L’homme incline originellement à la corruption, » je ne le crois pas , et je pense être plutôt convaincu que l’état du mal moral dans l’âmo de l’homme est , de toute façon , un état violent , qui ne peut être atteint sans que l’équilibre de toute l’organisation spirituelle (si je puis ainsi parler ) soit d’abord détruit , de même que tout le système de l’économie animale, la coction et la sécrétion , les pulsations, la force nerveuse, doivent être bouleversées avant quo la nature donne place à une lièvre ou à des convulsions. D’où a pu venir à notre jeune homme , qui a grandi dans le cercle d’une famille paisible et innocente, une philosophie qui corrompt le cœur à ce point? Le poëto laisso cette question absolument sans réponse. Nous ne trouvons pour tous ces principes, toutes ces actions abominables, aucun motif acceptable, aucun, si ce n'est le misérable besoin de l’artiste, qui, pour garnir son tableau, a mis au pilori toute la nature humaine, en la personne d’un démon qui en usurpe la forme.
Ce ne sont pas précisément les actions qui surtout nous révoltent dans cet homme, foncièrement mauvais ; ce n’est pas non plus sa détestable philosophie.... c’est plutôt la facilité avec laquelle celle-ci le détermine à celles-là. Il peut se faire que nous entendions dans un cercle de vagabonds de ces bons mots 1 extravagants sur la morale et la religion. Notre sens intime en est révolté ; mais nous croyons toujours être parmi des hommes , tant que nous pouvons nous persuader que le cœur ne peut jamais être aussi foncièrement corrompu que la langue le prétend. ï)'un autre côté , l'histoire nous livre des sujets qui laissent bien loin derrière eux notre Franz, en fait d'actes inhumains*; et pourtant ce caractère nous fait tant frémir I On peut dire à ceci , que là , nous ne connaissons que les faits; notre imagination a toute latitude pour rêver tels rcs-