En français dans le texte : Bonmols. en un composé
2. On parle d’un scélérat de nos contrées qui, au péril de sa vie, massacrait de la manière la plus affreuse des personnes qu'il ne connaissait même pas; d’un autre qui, sans manquer d’aliments, attirait les enfants du voisinage et les mangeait. ( Note de l'au'eur.)
APPENDICE
sorts que bon nous semble , qui sans doute n'excusent pas ces actes diaboliques, mais au moins les peuvent rendre concevables. Ici , le poêle nous trace lui-même des limites , en nous dévoilant les rouages. Notre imagination est captivée par des faits historiques; nous nous révoltons contre les affreux sophismes, mais ils nous paraissent encore trop légers, trop futiles pour pouvoir , dirai-je , échauffer l ime au point de la décider à des crimes réels. Peut-être le cœur du poëte gagne-t-il aux dépens de sa peinture dramatique : jurer mille meurtres , anéantir en pensée mille hommes , est chose facile; mais c'est un travail d'Hercule do commettre en réalité un seul assassinat. Franz nous en donne , dans un monologue , une grave raison ; < Maudite soit la folie de nos nourrices et de nos bonnes, qui corrompent notre imagination par leurs contes effrayants, et impriment dans la tendre moelle de nos cerveaux d’horribles images de jugements vengeurs , si bien que , même à l'âge d'homme , d’involontaires frissons secouent nos membres par de glaciales angoisses, entravent nos résolutions les plus hardies, etc. 1 > Mais qui ne sait que ces traces de la première éducation sont en nous ineffaçables ?
Dans la nouvelle édition de la pièce *, le poëte s'est corrigé. Le scélérat a perdu son docile instrument et il est obligé d'employer ses propres mains, c Quoi? si j'allais moi-même , et lui enfonçais mon épée dans le corps par derrière? Un homme blessé est un enfant!... Alerte! Je veux le tenter. ( Il s'éloigne à grands pas , mais s'arrête soudain, saisi d’une torpeur effrayante. ) Qui se glisse derrière moi ?... Des visages comme je n’en ai jamais vu !... des notes stridentes I » ( Il laisse tomber le poignard de dessous son vêtement. ) « Dans mes os une douleur qui les broie! Non, je ne le ferai pas, etc. * » L'homme le plus efféminé peut être un tyran et un meurtrier , mais il aura son bravo à ses côtés et accomplira ses méfaits par la main d'un coquin endurci dans le métier. C'est souvent lâcheté , mais ne s'y mêle-t-il pas aussi des accès de frissons , causés par un retour d'humanité ?
Puis , les raisonnements dont il sait étayer son système de perversité sont le résultat d’une pensée éclairée et d'études libérales. Les notions qu’ils supposent auraient dù nécessairement ennoblir son âme, et le poëte, peu s'en faut , nous égare , au point de nous faire condamner les Muses en général , pour avoir pu jamais diriger les mains d’un do leurs disciples vers de telles scélératesses.
Mais à quoi bon ces plaintes sans ün ? Si ce caractère s’accorde mal avec la nature de l'homme , il est , du reste , parfaitement d’accord avec lui-même. Le poëte, après avoir une fois franchi la nature humaine, a fait tout ce qu’il a pu. Ce caractère est un univers à part , que je verrais volontiers logé par delà ce monde sublunairo , peut-être dans un satellite de l’enfer. Son âme perGde se glisse avec souplesse dans tous les masques et se plio à toutes les formes. Auprès de son père , on l’entend prier; auprès de la jeune fille, il est romanesque; auprès de son auxiliaire, il blas-
t. Voy. p. 1 13.