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LES BRIGANDS
phème : rampant, où il faut qu’il implore; tyran , où il faut commander ; assez intelligent pour mépriser la méchanceté dans autrui , jamais assez juste pour la condamner en lui-même ; supérieur en prudence au brigand , mais lâche et âme de bois auprès du héros sensible ; tout bourré de graves et affreux secrets, au point de prendre pour un traître son propre délire. Lorsque , après un accès de rage qui s'est terminé par une défaillance, il est revenu à lui-mèmc : « Qu'ai-je dit? » s'écrie-t-il. < N’y fais pas attention. Quoi que ce soit, c’est un mensonge'. » Enfin vient la malheureuse catastrophe, où il soufTre des souffrances humaines. Combien elle confirme encore la commune expérience! Nous nous rapprochons de lui , dès que nous le voyons so rapprocher de nous ; son désespoir commence à nous réconcilier avec son affreuse nature, ün démon, vu dans les tortures do l’éternelle damnation , ferait pleurer des hommes ; nous tremblons pour lui, et cela à l’occasion même du châtiment que nous appelions sur lui avec toute l’ardeur du ressentiment. Le poète lui-mémo semble, à la fin de son rôle, s'être ému pour lui. Il a essayé, par un coup de pinceau , de l’ennoblir aussi à nos yeux : « Tiens , prends celte épée. Alerte! Enfonce-la moi par derrière dans le corps, afin que ces coquins ne viennent pas faire do moi leur jouet *1... s No meurt-il pas, peu s'en faut, comme un grand homme , ce coeur bas et rampant î
Il n’y a dans toute la tragédie qu’une femme ; on a donc le droit de s’attendre à trouver, jusqu'à un certain point, dans ce rôle unique, la représentante de tout son sexe. Au moins , l'attention du spectateur et du lecteur s'attachera-t-elle d’autant plus fixement à elle qu’elle se montre plus isolée dans le cercle des hommes et des aventuriers; au moins espérera-t-on se reposer sur sa douce âme féminine des émotions violentes et fougueuses à travers lesquelles nous ballottent les scènes de brigands. Mais , malheureusement , le poète a voulu nous offrir là quelque chose d'extraordinaire, et il nous a frustrés du naturel.
Les Brigands! tel était le mot d’ordre de la pièce, et le bruyant fracas des armes a étouffé le doux son de la Hôte. L’esprit du poète parait , en général, incliner plutôt à l’héroïsme et à la force qu’à la tendresse et à l'élégance. Il réussit dans les émotions pleines et débordantes, il est bon au plus haut degré de la passion , mais il n'est point apte à tenir le milieu. Aussi nous a-t-il façonné là une création féminine où, malgré tous les beaux sentiments, toute l'aimable exaltation, nous ne trouvons toujours pas ce que nous cherchons avant tout, l’étrc doux, patient, langoureux.... la jeune fille. En outre, elle agit beaucoup trop peu dans toute la pièce. Son roman , dans les trois premiers actes , en est toujours au même point (de même que tout le drame, pour le dire en passant, faiblit au milieu). Elle sait pleurer très-joliment son chevalier qu’on lui a dérobé; elle sait aussi ravaler, à pleine gorge, le trompeur qui , de sa dent venimeuse , le lui a arraché; mais, de son côté , nul plan arrêté, soit pour avoir son bien-aimé, soit pour l'oublier et le remplacer par un autre. J'ai lu plus do la moitié de la pièce , et ne sais pas ce que veut la