‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 122 sur 372 · Voy. p · texte numérisé non relu

Voy. p

APPENDICE

jeune fille , ou ce que le poêle veut faire d’elle ; je ne soupçonne même pas ce qu’on en pourrait faire. Nul destin futur n’est annoncé ou préparé , et, déplus, son amant, jusqu'à la dernière ligne du troisième acte, ne laisse pas échapper une seule syllabe qui la concerne.

C’est là , de toute manière, la partie faible de toute la pièce, et le poète y est resté vraiment au-dessous du médiocre. Mais, à partir du quatrième acte, il redevient lui-même. Avec la présence de celui qu’elle aime, commence la partie intéressante du rôle do la jeune fille. Elle brille de l'éclat de son amant, s'échauffe à son feu, languit auprès de cette âme forte : elle est femme à côté de l'homme. La scène du jardin , que l’auteur nous offre modifiée dans la nouvelle édition , est un vrai tableau de la nature féminine, et extraordinairement frappante pour cette situation extrême. Après un monologue, où elle lutte contre son amour pour Charles (qui est son hôte sous un nom étranger) , comme contre un parjure , il paraît lui-même.

LS BRIGAND MOOR

Je suis venu pour prendre congé. Mais , ô ciel ! dans quelle agitation faut-il que je vous rencontre?

AMALIE.

Partez, comte.... Demeurez.... Heureuse! heureuse! si vous n'étiez pas venu en ce moment! si vous n’étiez jamais venu!

LE BRIGAND MOOR

Vous auriez été heureuse en ce cas ?... Adieu I

AMALIE.

Pour l’amour de Dieu! demeurez.... Ce n’était pas là ma pensée I (Se tordant les mains.) Dieu ! et pourquoi no l’élait-ce pas ?... Comte, que vous a fait la jeune fille dont vous faites une criminelle? Que vous a fait cet amour que vous détruisez?

LE BRIGAND MOOR

Vous me tuez , mademoiselle I

AMALIE.

Mon cœur était si pur , avant que mes yeux vous aient vu!... Oh! quo ne sont-ils devenus aveugles, ces yeux qui ont changé mon cœur!

LE BRIGAND MOOR

A moi! à moi cette malédiction, mon ange! Ces yeux sont innocents, comme co cœur.

AMALIE.

Tout à fait ses regards !... Comte , je vous en conjure , détournez de moi ces regards qui ravagent mon âme.... Lui!... lui-même, elle me le représente dans ces regards menteurs, l’imagination, la traîtresse!... Partez! Revenez sous forme de crocodile, et cela vaudra mieux pour moi!

le brigand moor, avec un regard plein d'amour.

Tu mens , jeune fille!

amalie, plus tendrement.

El serais-tu faux, comte? Ferais-tu ton jouet d’un faible cœur de femme?... Mais comment la fausseté peut-elle habiter dans des yeux qui ressemblent aux siens comme si un miroir les reflétait ?... Ah ! et quel

LES BRIGANDS

bonheur, si cela était!... Heureuse , s'il me fallait te haïr!... Malheur à moi ! si je no |>ouvais t’aimer !

le brigand MOOR presse arec raye sur ses (erres la main d'Amalie.

AMALIE.

Tes baisers brûlent comme du feu.

LE BRIGAND MOOR

C'est mon âme qui brûle en eux.

AMALIE.

Va! lien est encore temps 1 Encore!... Forte est l'àmc de l'homme! Enflamme-moi aussi de ton courage , homme à l'âme forte !

Page 1