‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 123 sur 372 · I.E BRIGAND MOOR · texte numérisé non relu

I.E BRIGAND MOOR

Te voir trembler énerve le fort. Je prends racine ici ( appuyant sa tète sur la poitrine d'Amalie), et ici je veux mourir.

AMALIE.

Loin de moi! laisse-moi!... Homme, qu'as-lu fait?... Loin de moi tes lèvres! Un feu impie s'insinue dans mes veines. [Elle tulle, impuissante , contre ses assauts.) El faut-il que lu viennes des lointaines contrées, pour détruire un amour qui déliait la mort ? (Elle le presse plus fortement sur su poitrine.) Que Dieu te le pardonne , jeune homme! etc.

L’issue de cette scène est fort tragique, comme toute cette scène, en général , est à la fois la plus touchante et la plus alTreuse. Le comte lui a glissé au doigt, sans qu'elle l'ait reconnu , l'anneau des flançailles qu'elle lui a donné , il y a plusieurs années. Maintenant, il est avec elle au but.... où il doit la quitter et se faire reconnaître d'elle. Un récit do la propre histoire d'Amalie, qu’elle applique à une autre, a paru fort intéressant. Elle défend la pauvre jeune fille. La scène se termine ainsi :

LE BRIGAND MOOR

Mon Amalic est une malheureuse jeune fille.

AMALIE.

Malheureuse de l’avoir repoussé loin d’elle I

LE BRIGAND MOOR

Plus malheureuse de m'enlacer doublement!

AMALIE.

Oh, oui! vraiment malheureuse alors!... La chère enfant! Qu’elle soit ma sœur, et puis encore un monde meilleur....

LE BRIGAND MOOR

Où les voiles tombent , et où l'amour recule avec horreur. Eternité est son nom.... Mon Amaiie est une malheureuse jeune fille.

amalie , avec quelque amertume.

Le sont-elles loutes , celles qui t’aiment et se nomment Amalic ?

LE BRIGAND MOOR

Toutes.... quand elles se figurent embrasser un ange, et tiennent dars leurs bras un meurtrier.... Malheur à mon Amalie ! elle est une malheureuse jeune fille.

amalie, exprimant ta plus vive émotion.

Je pleure sur elle.

APPENDICE

lk brigand moor prend sa main en silence et lui met l'anneau devant les yeux.

Pleure sur toi-méme ! ( Il se précipite dehors. ) amalie, tombée à terre.

Charles ! Ciel et terre I

Il y aurait encore un mot à dire sur la catastrophe ambiguë de toute cette histoire d’amour. On se demande s’il était tragique que l'amant tuét son amante ? si , dans le cas donné, cela était naturel? si cela était nécessaire? s’il ne restait pas d'issue moins terrible? — Je veux répondre d’abord à la dernière question : Non !... il n’y avait plus d’union possiblo , et la résignation n’eût pas été naturelle , et elle eût été extrêmement antidramatique. Peut-être aurait-elle été possible et belle de la part du brigand viril ... mais combien elle eût été repoussante do la part de la jeune fille! Veut-on qu’elle retourne à la maison et se console de ce qu’elle ne peut changer? Alors elle n'aurait jamais aimé. Doit-elle se percer elle-même? Je suis dégoûté decet expédient banal des mauvais poêles dramatiques , qui sacrifient en toute hâte leurs héros , pour que le spectateur affamé no trouve pas, en rentrant , sa soupe refroidie. Non , qu’on entende plutôt le poëto lui-même, et qu’en l’entendant , on réponde accessoirement soi-même aux autres questions aussi. Le brigand Moor a fait asseoir Amalie sur une pierre et il lui découvre lo sein.

LE BRIGAND MOOR

Voyez cette beauté , bandits ! ne vous fond-elle pas l'âme ? Regardezmoi , bandits I Je suis jeune et j'aime. Ici , je suis aimé, adoré! Je suis venu jusqu’à la porte du paradis.... Mes frères m’en repousseraient- ils? les brigands poussent un éclat de rire. le brigand moor , résolu.

Assez! Jusque-là, nature! Maintenant c'est le tour de l'homme. Je suis, moi aussi , un des brigands.... et ( marchant vers eux avec majesté’] votre capitaine. C'est par le glaive que vous voulez vider votre querelle avec votre matlre, bandits ? ( 1/ une voix impérieuse. ) Mettez bas les armes ! C'est votre maître qui vous parle!

les brigands laissent tomber leurs armes en tremblant.

LE BRIGAND MOOR

Voyez! maintenant vous n’êtes plus rien, quelles enfants, et moi., .je suis libre. 11 faut que Moor soit libre, s'il veut être grand. Je ne vendrais pas ce triomphe pour tout un élysée d’amour.... Ne nommez pas démonce, bandits, ce que vous n’avez pas le cœur de nommer grandeur. Les inspirations du malheur laissent bien loin derrière elles la paisible sagesse aux allures de limace. Des actions comme celle-ci , on les médite quand elles sont faites. J'en parlerai ensuite. ( Il tue la jeune fille. )

Les brigands célèbrent la victoire de leur chef. Mais maintenant voyons ses sentiments après l’action!

LE BRIGAND MOOR

Maintenant elle est a moi, (la gardant, iepee à la main ) à moi!... ou bien l’éternité est le rêve d'un imbécile. Consacrée avec le glaive, j’ai conduit chez moi ma fiancée, la faisant passer intacte devant tous les

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