‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 126 sur 372 · ADDITION RELATIVE A LA REPRÉSENTATION DES BRIGANDS · texte numérisé non relu

ADDITION RELATIVE A LA REPRÉSENTATION DES BRIGANDS

La pièce a été jouée diverses fois à Mannheim, l’espère obliger mes lecleurs, en leur communiquant une lettre que mon correspondant , qui, en vue du drame , avait fait le voyage , m'a écrite, à ma demande , au sujet de la représentation.

« NVorms, le 15 janvier 1782.

« Avant-hier enfin a eu lieu la représentation des Brigands de M. Schiller. Je reviens, à l'instant, do mon voyage, et encore tout chaud de l’impression qu elle m’a laissée, je m'assois pour vous écrire. D’alvord il faut que je m’étonne de tous les obstacles, en ap|>arcnce insurmontables, que M. le président de Dalbcrg a eu à vaincre, pour pouvoir servir ce morceau au public. Sans doute, l'auteur a remanié la pièce pour la scène, mais comment? Pour ceux-là seuls assurément qu’anime l’esprit actif de Dalbcrg; mais pour tous les autres, au moins pour tous ceux que je connais, c’est, avant comme après, une pièce irrégulière. Il a été impossible de s’en tenir aux cinq actes. Le rideau est tombé deux fois entre les scènes, pour faire gagner du temps aux machinistes et aux acteurs; on a joué des intermèdes, de façon qu’il y a eu sept actes. Mais cela n’a point choqué. Tous les personnages ont paru sur la scène vêtus de neuf; deux belles décorations avaient été faites tout exprès pour la pièce; M. Dauzv avait aussi composé des intermèdes nouveaux : de façon que les seuls frais accessoires de la première représentation sont montés à cent ducats. La salle était si extraordinairement pleine qu'une grande foule n’a pu trouver de place. La pièce a duré quatre heures pleines, et encore, m'a-t-il semblé, les acteurs se sont pressés.

c Mais vous devez être impatient de savoir le résultat. A tout prendre, le drame a fait le plus excellent eifet. M. Bock , comme capitaine de brigands, a rempli son rôle , autant toutefois qu’il était possible à un acteur de demeurer toujours étendu sur le chevalet de torture de la passion. Dans la scène de minuit , près de la tour, je l’entends encore , agenouillé auprès de son père, conjurer la lune et les étoiles avec l’accent le plus pathétique. — Il faut que vous sachiez que la lune , ce que je n’ai encore vu sur aucun théâtre , s'élevait au-dessus de l’horizon de la scène , et qu’à mesure qu’elle montait, elle répandait sur la contrée une lumière naturelle effrayante. — Il est seulement dommage que M. Bœk n’ait pas assez le physique de son rôle. Je m’étais figuré le brigand maigre et grand. M. lf- Qand, qui représentait Franz, est de tous (pourtant mon opinion ne doit pas être décisive) celui qui m’a fait le plus de plaisir. Je vous avoue que ce rôle qui n'est nullement pour la srène , je l’avais déjà regardé comme perdu, et jamais je n'ai été trompé si agréablement. Iffland s’est montré, dans les dernières scènes , un véritable maître. Je l’entends encore , dans cette situation expressive où toute la nature s'élevait contre lui pour crier : *Oui ! » dire son c Non » impie, puis, comme touché par une main invisible, tomber évanoui : c Oui, ouil... là haut, un Être au-dessus des étoiles 1 » J’aurais voulu que vous le vissiez tombé à genoux et priant ,

APPENDICE

quand déjà les appariements du château brùlaientautourdc lui. Si seulement M. Iffland n'avalait pas, comme il fait, ses mots et ne précipitait pas tant sa déclamation! L’Allemagne aura encore un maître dans ce jeune homme. M. Beil, cette excellente télé, était tout Schvveizer. M. Meyer a joué Hermann on. ne peut mieux ; Kosinsky et Spicgelberg ont aussi été saisis parfaitement. Mme Toskani a plu , à moi du moins , extraordinairement. Je craignais d’abord pour ce rôle , car le poëtc l'a "manqué en plusieurs endroits. Toskani a joué avec infiniment de sensibilité et do délicatesse, et réellement aussi avec expression dans les situations tragiques ; il y avait seulement dans sa manière trop d'affectations théâtrales et une fatigante monotonie, larmoyante et plaintive. Quant au vieux Moor, il était impossible qu'il réussit, vu qu’il a été originairement gâté par le poêle.

« Si vous voulez que je vous dise mon opinion en bon allemand , cette pièce , malgré cela , n'est point une pièce de théâtre. Si je retranche les coups de feu, les coups de sabre , la dévastation, l'incendie, etc., clleest, pour la scène, lourde et fatigante. J'aurais voulu que l’auteur fût présent; il aurait beaucoup effacé , ou il faudrait qu'il fût très-entêté de lui-même et très-tenace. Il m'a semblé aussi qu'il y avait trop de faits accumulés qui surchargent l’impression principale. On aurait pu en faire trois pièces de théâtre , et chacune aurait produit plus d’effet. Cependant on en parle à tort et à travers. Blâme excessif, éloge excessif. Au moins est-ce là la meilleure garantie du talent de l'auteur. Nous l’aurons bientôt imprimée. M. le conseiller aulique des finances , Schwan , qui a beaucoup contribué à la réception de la pièce, et qui en est un partisan zélé , doit la publier.

< J'ai 1 honneur d'élro , etc.

Pour qu’il ne manque ici aucune des pièces relatives aux Brigands, voici l’affiche qui fut placardée à tous les coins de rue de Mauuheim, le jour de la première représentation, 13 janvier 1782 :

LES BRIGANDS

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