ACTE I, SCÈNE III
CALCAGNO
Le comte lui est inlidèle. La jalousie est la plus rouée des entremetteuses. Un complot contre les Doria tient nécessairement le comte en haleine, et me procure l'entrée de son palais. Pendant qu'il chassera le loup de la bergerie, la martre fera irruption dans son poulailler.
SACCO
On ne peut mieux, frère! Je te remercie. Tu me dispenses soudain , moi aussi , de rougir. Ce que j'avais honte de penser, je puis maintenant le dire tout haut devant toi. Je suis un mendiant, si la constitution actuelle ne croule pas.
CALCAGNO
Tes dettes sont-elles si considérables ?
SACCO
Si énormes, que le fil de ma vie, fût-il huit fois plus long, romprait nécessairement avant d’en atteindre le dixième. Une révolution me mettra à l'aise , je l’espère. Si elle ne m’aide pas à payer, elle épargnera à mes créanciers la peine de me poursuivre.
CALCAGNO
Je comprends.... et à la lin , si Gènes , à cette occasion , devient libre, Sacco #e fera baptiser père de la patrie. Qu’on vienne nous réchauffer ces contes rebattus de loyauté , quand c'est la banqueroute d'un vaurien et l'ardeur des sens d’un débauché qui décident du sort d’un État. Pardieu! Sacco, j’admire en nous deux les habiles combinaisons de la Providence qui sauve le cœur, vie de tout le corps , par les abcès des membres.... Verrina sait-il ton projet?
SACCO
Autant qu'un patriote doit le savoir. Gênes , tu le sais comme moi, est le fuseau autour duquel toutes ses pensées tournent avec une invincible fidélité. Son œil de faucon est maintenant attaché sur Fiesque. 11 te croit aussi à mi-chemin d’un hardi complot.
CALCAGNO
11 a bon nez. Viens, cherchons-le et attisons sa passion de liberté au moyen de la nôtre. (Ils sortent.)
LA CONJURATION DK FIESQUE