ACTE I, SCÈNE II
pain et d’eau dans le plus profond souterrain de sa tour, jusqu’à ce que tes cheveux croissent comme les plumes de l’aigle et tes ongles comme les serres des oiseaux. Ce sont là ses propres paroles. Il m’ordonne de clore la lettre. Adieu pour toujours. Je te plains....
■ Franz de Moor. »
SCHWEIZER
Un petit frère doux comme du sucre! en vérité!... Frarizest le nom de cette canaille?
spiegelberg, s’approchant doucement.
11 s'agit de pain et d’eau? Une jolie existence! Je vous ai ménagé tout autre chose! Ne vous disais-je pas qu’à la lin il me faudrait penser pour vous tous?
scbweizer.
Que dit cette tète de mouton? Quoi! le baudet veut penser pour nous tous?
SPIEGELBERG.
Vous êtes tous des lièvres, des culs-de-jatte, des chiens perclus, si vous n’avez pas le cœur de tenter quelque chose de grand!
ROLLER
Eh bien! oui, c’est ce que nous serions on effet, tu as raison!... mais ce que tu tenteras nous arrachera-t-il à cette situation maudite? Parle....
spiegelberg, arcc un rire orgueilleux.
Pauvre niais! arracher à cette situation? ha! ha! hal arracher à cette situation?... et ta pauvre petite dose de cervelle ne vise pas plus loin que cela , et là-dessus ta haquenée rentre au trot à l’écurie? 11 faudrait que Spiegelberg fût un misérable drôle, s’il voulait s’en tenir là. C’est des héros, te dis-je, des barons , des princes , des dieux , que mon idée fera de vous.
RAZMANN.
C'est beaucoup d’un seul coup, vraiment! Mais ce sera sans doute une œuvre à se casser le cou ; on y laissera au moins la tète.
SPIEGELBERG.
Il n’y faut que du courage; pour ce qui est de l’esprit, je
LES BRIGANDS
m’en charge seul. Du courage, dis-je, Schweizer! Du courage, Holler, Grimm, Ilazmann, Schufterlé! du courage!...
SCHWEIZER
Du courage? Si ce n’est que ça.... du courage, j’en ai assez pour passer pieds nus au beau milieu de l’enfer.
SCHUFTERLÉ.
Et moi pour me battre sous la potence , en plein air, avec le diable en personne, et lui disputer un pauvre pécheur.
SPIEGELBERG.
Voilà qui me plaît! Si vous en avez le cœur, que l’un de vous s’avance et dise qu’il a encore quelque chose à perdre et non tout à gagner.
SCHWARZ
En vérité, j’aurais beaucoup à perdre, si je voulais perdre ce que j’ai encore à gagner.
RAZMANN.
Oui, par le diable! et beaucoup à gagner, si je voulais gagner ce que je n’ai pas à perdre.
SCHUFTERLÉ.
Si je devais perdre ce que j’ai à crédit sur le corps, je n'aurais en tout cas plus rien à perdre demain.
SPIEGELBERG.
Ainsi donc! (Il se place au milieu deux, el les adjure dun ton solennel .) Si une seule goutte du sang des héros de l’Allemagne coule encore dans vos veines.... venez! Nous nous établirons dans les forêts de la Bohême , nous y réunirons une troupe de brigands, et.... Pourquoi me regardez-vous tout ébahis?... Votre petite parcelle de courage s’est-elle déjà dissipée en fumée?
ROLLER
Tu n’es sans doute pas le premier coquin qui, dans sa perspective, ait négligé de voir la potence.... et toutefois.... quel autre choix nous reste?
SPIEGELBERG.
Un choix? Comment? Vous n’avez rien à choisir! Voulezvous être fourrés dans la prison pour dettes, et là vous exténuer en lamentations, jusqu’à ce que la trompette du dernier jour retentisse? Voulez-vous vous condamner au supplice de la bêche et du hoyau, pour un morceau de pain sec? Voulez-