ACTE II, SCÈNE II
Dieu! comment vous est venue cette fantaisie tragique de prendre Fiesque?... Pourquoi vous élever à cette hauteur, mou enfant, où vous êtes nécessairement en vue, exposée à la comparaison? Sur l’honneur! mon trésor, c’est un fripon ou un sot qui vous a appariés, Fiesque et vous. {Lui prenant la main avec compassion .) lion petit être , l’homme admis dans les cercles du bon ton ne pouvait pas être un parti pour toi. {Elle prend une lasse.) léonore, souriant à Arabella.
Ou bien , une fois à moi , il ne voudrait plus être admis dans les maisons du bon ton ?
JULIE
Le comte a des avantages personnels.... du monde.... du goût. Le comte a eu le bonheur de faire des connaissances de haut rang. Le comte a du tempérament, du feu. Eh bien, il s’arrache, encore tout animé, au cercle le plus délicat. Il revient à la maison. Sa légitime épouse l’accueille avec quelque banale tendresse, éteint son ardeur dans un baiser humide et glacé, et lui sert en ménagère sa portion de caresses, comme à un pensionnaire. Le pauvre époux! Là, un idéal ravissant lui sourit.... ici, une sensiblerie chagrine lui donne des nausées. Signora, pour l’amour de Dieu! n’y perdra-t-il pas le sens, ou sinon que choisira-t-il? léonore , lui apporte une tasse.
Vous, madame.... s’il l’a perdu.
JULIE
Bien ! Que cette morsure déchire ton propre cœur. Tremble pour cette raillerie , mais , avant de trembler, rougis.
LÉONORE
Savez-vous aussi ce que c’est, signora? Mais pourquoi pas? C’est un artilice de toilette.
JULIE
Voyez donc! Il faut irriter le vermisseau pour tirer de lui une étincelle d’esprit. C’est bon pour le moment. C’était une plaisanterie, madame! Donnez-moi la main, en signe de réconciliation.
léonore fui donne la main avec un regard tris-significatif.
Impériali !... ne redoutez point ma colère.
JULIE
Très-magnanime, assurément! Mais ne pourrais-je pas l’être
LA CONJURATION UE FIESQUE
aussi, comtesse? (Lentement et en obsetranl son interlocutrice.) Si je porte sur moi la silhouette de quelqu'un , ne s'ensuit-il pas que l'original a du prix pour moi 1 Ou’en pensez-vous? léonore, rougissant et troublée.
Que dites-vous? C'est, je l’espère, une conclusion trop précipitée.
JULIE
Je le pense comme vous. Le cœur n’appelle jamais les sens à son aide. Jamais un vrai sentiment n'ira se retrancher derrière un objet de parure.
LÉONORE
Grand Dieu! qu’est-cc qui vous inspire, à vous, cette vérité?
JULIE
l,a pitié, rien que la pitié.... Car, voyez-vous , dans ce cas, le contraire sera également vrai.... et vous pouvez vous dire que vous avez encore votre Fiesque. ( Elle donne à Léonore son propre jtorlrait et pousse un éclat de rire plein de méchanceté.) léonore, tressaillant, avec amertume.
Ma silhouette ? A vous? (Elle se jette dans un fauteuil , accablée de douleur.) Ü l’homme indigne!
julie , triomphante.
Ai-je eu ma revanche ? l’ai-je eue ? Eh bien , madame , plus de ces coups d’épingle tout apprêtés! (Elle crie à la cantonade.) -Qu’on fasse avancer ma voiture! (.4 Léonore, en lui caressant le menton.) Consolez-vous, mon enfant! il m'a donné cette silhouette dans un moment de délire. (Elle sort. )