ACTE II, SCÈNE XVII
Prends courage, mon fils. Dieu a rejeté le bras de Fiesque, il faut qu'il compte sur le nôtre.
fiesque, au peintre.
Oui, c’est votre dernier travail, llomano. Votre veine est épuisée. Vous ne toucherez plus de pinceau.... Mais, en admirant l'artiste, j'oublie de dévorer son œuvre. Je pourrais rester là, en extase, et ne pas entendre un tremblement de terre. Emportez votre peinture. Si je devais vous payer cette tête de Virginie, il me faudrait mettre Gênes en gage. Emportez.
ROMANO
L'artiste se paye par l’honneur. Je vous en fais don. (Il veut sortir.)
FIESQUE
l’n peu de patience, Romano. (Il marche, <f un pas majestueux, dans la chambre et parait occupé d'une grande pensee. De temps en temps il jette sur les autres un regard rapide et pénétrant; à la fin, il prend le peintre par la main et le conduit devant le tableau.) Approche, peintre! (Avec beaucoup de fierté et de dignité :) Te voilà plein d’arrogance , parce que tu simules la vie sur des toiles mortes et que tu perpétues à peu de frais de grandes actions. Tu te glorifies de ton feu poétique, de ce jeu de marionnettes de l’imagination, où il n’y a ni moelle, ni cœur, ni force, ni feu pour l’action. Tu renverses des tyrans sur la toile.... et tu es toi-même un misérable esclave. Tu afTranchisdes républiques avec un pinceau.... et tu ne peux rompre tes propres chaînes. (D'une voix pleine et impérieuse :) Va! Ton travail n’est que jonglerie.... Que l’apparence cèdeàla réalité.... (Avec grandeur, en renversant le tableau:) J’ai accomplicc que toi.... tu n as fait que peindre. (Tous sont en proie à une vive émotion. Romano, stupéfait, emporte son tableau.)
2G8 LA CONJURATION DE FIESQUE