SCÈNE XIX
FIESQUE i'a et vient tout pensif.
Quel tumulte dans mon sein ! Quelle fuite mystérieuse de pensées!... Tels que des complices suspects qui s'acheminent à quelque noir attentat, se glissent sur la pointe du pied, et baissent timidement vers le sol leur visage enflammé, tels ces luxuriants fantômes passent devant mou âme.... Arrêtez ! arrêtez! laissez-moi vous éclairer au visage.... Une bonne pensée trempe le cœur de l’homme et se montre au jour à la façon des héros.... Ah ! je vous connais!... C’est la livrée de l'éternel menteur.... Disparaissez. ( Une nouvelle pause. Avec plus de force:) Fiesque républicain! Fiesque doge?... Doucement.... C’est ici le bord abrupt du précipice, où se termine le domaine de la vertu, où le ciel et l’enfer se séparent.... C’est ici même que des héros ont bronché , que des héros sont tombés , et le monde charge leur nom d'imprécations.... C’est ici même que des héros ont hésité, que des héros se sont arrêtés et qu'ils sont devenus des demi-dieux.... (Plus vivement :) Penser qu’ils sont à moi, les cœurs de Gênes ! et que par mes mains la redoutable Gênes se laisse conduire», de ç’i et de là , à la lisière ! Oh! l’astuce du péché, qui place un ange devant chaque démon!... Misérable ambition! Séductrice plus vieille que le monde ! C’est en baisant tes lèvres que des anges ont perdu le ciel , et la mort s’est élancée de tes flancs en travail.... (Un frisson secoue tout son corps.) Tu endors les anges, en leur offrant, dans tes chants de sirène, l’espoir de l’infini.... Tu amorces les hommes avec de l’or, des femmes et des couronnes! (Après un moment de silence et de profonde réflexion, il reprend avec fermeté:) Conquérir un diadème est grand. Le rejeter, est divin. (D’un ton résolu) Disparais, tyran! Sois libre, Gènes, et moi (d'une voix attendrie) ton plus heureux citoyen.