SCÈNE I
Un horrible désert.
VERRINA , ROURGOGNINO arrivent à travers les ténèbres.
BOUrgognino s’arrête.
Mais où me conduis-tu, mon père? La sombre douleur avec laquelle tu es venu m’appeler gémit encore dans ta respiration pénible. Romps ce silence plein d horreur. Parle. Je ne te suis pas plus loin.
C’est ici le lieu.
BOURGOGNINO.
Le plus terrible que tu pusses trouver. Mon père, si ce que tu vas me dire ici est conforme à ce lieu, les cheveux me dresseront sur la tète
Et pourtant, comparé à la nuit de mon âme, c’est un jardin fleuri. Suis-moi là où la pourriture dévore et liquéfie les cadavres et où la mort célèbre son alfreux festin.... là où les gémissements des âmes perdues réjouissent le diable, et où les larmes stériles de la désolation coulent à travers le crible de l’éternité..., là, mon fils, où le monde change son mot d’ordre et où la divinité brise sa bannière d'infinie bonté..., là, je te parlerai par des convulsions, et tu m’entendras avec des claquements de dents.
Entendre ? Uuoi 1 Je t’en conjure!
Jeune homme , je crains. . . . Jeune homme , ton sang est rose. ...
LA CONJURATION DE FIESQUE
la chair est molle et souple ; île telles natures ont d'humains et tendres sentiments ; ma cruelle sagesse se fondra à cette flamme de sensibilité. Si les glaces de l'Age , ou le chagrin , ce joug de plomb, avaient paralysé l'heureux élan de tes esprits.... si un sang noir et épaissi avait fermé à la nature souffrante le chemin de ton cœur, alors tu serais capable de comprendre le langage de mon chagrin et d’admirer ma résolution.
BOURGOGNINO.
Je l’écouterai et j eu ferai la mienne.
Ce n’est pas là ce que je demande, mon lils.... Verrina épargnera cette peine à ton coeur. Oh! Scipion, de lourds fardeaux pèsent sur cette poitrine.... une pensée pleine d'horreur, comme la nuit, la nuit que la lumière effarouche.... une pensée assez monstrueuse pour briser un cœur d’homme.... Vois-tu ? je veux l'accomplir seul.... mais je ne puis la porter seul. Si j'étais orgueilleux, Scipion , je pourrais dire : « C’est un tourment d'étre l'unique grand homme....» La grandeur a été à charge au créateur lui-mème, et il a fait des esprits ses conlidents.... Écoute, Scipion !
BOURGOGNINO.
Mon Ame dévore la tienne.
Écoute, mais ne réponds rien. Rien, jeune homme! Entendstu? Pas un mot là-dessus.... 11 faut que Fiesque meure! bourgognino consterne.
Qu’il meure? Fiesque?
Qu’il meure!... Je te remercie, mon Dieu ! le mot est sorti.... Que Fiesque meure, mon fils, qu'il meure par moi!... Maintenant, va.... il y a des actions qui ne se soumettent plus à aucun jugement humain.... et ne reconnaissent que le ciel pour arbitre.... celle-ci est du nombre. Va. Je ne veux ni ton blâme, ni ton sulfrage. Je sais ce qu’elle me coûte, et brisons là. Cependant, écoute.... tu pourrais, à y penser, devenir fou.... Écoute.... l'as-tu vu hier se mirer dans notre stupéfaction ? L’homme dont le sourire a trompé l’Italie, souffrira-t-il un égal à Cènes? Va. Fiesque renversera le tyran , c'est certain. Fiesque