LÉONORE, FIESQUE
léonore se rapproche rte lui , avec inquiétude.
Fiesque!... Fiesque!... Je ne vous comprends qu'à demi, mais je commence à trembler.
fiesque, (T un ton grave.
Léonore.... je vous ai vue une fois marcher à la gauche d’une Génoise.... Je vous ni vue, dans les assemblées de la noblesse, vous contenter du second baisemain des chevaliers.... Léonore, cela me blessa les yeux. J'ai décidé qu’il n'en serait plus ainsi.... cela cessera. Entendez-vous le tumulte guerrier dans mon palais? Ce que vous redoutez est vrai.... Allez au lit, comtesse.... demain, je vous réveillerai dogaresse.
léonore joint vivement tes mains et se jette dans un fauteuil.
Dieu! mon pressentiment! Je suis perdue!
fiesque , avec calme et dignité.
Laissez-moi achever, mon amie! Deux de mes ancêtres ont porté la triple couronne ; le sang des Fiesque ne coule libre et sain que sous la pourpre. Votre époux ne doit-il briller que d’un éclat héréditaire? (D'un ton plus animé:) Quoi? Faut-il qu’il doive toute sa grandeur aux prestiges du hasard , qui , dans un moment de bonne humeur, combinant des gloires réduites en poudre dans la tombe, en a bâclé un Jean-Louis Fiesque? Non, Léonore ! Je suis trop fier pour me laisser donner en présent ce que je puis moi-même conquérir. Cette nuit , je rejetterai à mes aïeux, dans leur sépulcre, la parure d’emprunt.... Les comtes de Lavagna sont morts et leur race est éteinte.... Les princes de Lavagna commencent.
LÉONORE sCcoue la tête, rêvant à voix basse.
Je vois tomber mon époux , percé de profondes et mortelles blessures.... (D'une voix plus creuse.) Je vois un muet cortège m'apporter le corps déchiré de mon époux. (Se levant d’un bond, avec effroi:) La première.... l'unique balle traverse l’âme de .Fiesque.
I,A CONJURATION DE FIESQUE
fiesque la prend tendrement par la main.
Calme-toi, mon enfant; cette balle unique ne fera pas cela. léonore le regarde sérieusement.
Fiesque délie-t-il le ciel avec tant d'assurance? Sur mille fois mille chances, n'y en eût-il qu’une seule possible, cette mille fois millième chance peut échoir et mon époux serait perdu.... Suppose que tu joues le ciel , Fiesque : si, sur un billion de coups gagnants, il y en avait un seul perdant, serais-tu assez audacieux pour jeter les dés et pour risquer contre Dieu une téméraire gageure? Non, mon époux, quand on joue son tout, chaque coup de dés est un blasphème contre Dieu.
fiesque sourit.
Sois sans inquiétude. Nous nous entendons mieux que cela, la Fortune et moi.
LÉONORE
Tu dis cela.... et pourtant tu as assisté à ces jeux de hasard, à cette torture de l'âme que vous nommez passe-temps.... tu as vu la perfide, comme elle amorce son favori par de petites cartes heureuses, jusqu’à ce qu’il s’anime, se lève, défie la banque.... et alors, à ce coup désespéré, elle l’abandonne.... O mon époux, ne crois pas qu’il ne s’agisse que d'aller se montrer aux Génois et d'en être adoré. Éveiller des républicains de leur sommeil, enseigner au coursier fougueux la vigueur de son sabot, ce n'est point , Fiesque , une partie de plaisir. Ne te fie pas à ces rebelles. Les habiles qui t’ont excité te craignent. Les sots qui te divinisent te seront de peu de secours, et, partout où je regarde, je vois la perte de Fiesque.
fiesque , se promenant à grands pas dans la chambre.
La pusillanimité est le plus grand péril. La grandeur exige aussi un sacrifice.
LÉONORE
La grandeur, Fiesque?... Ton génie peut-il vouloir tant de mal à mon cœur?... Vois! J’ai confiance en ta fortune: tu triomphes, je l’admets.... Alors, malheur à moi, la plus misérable de mon sexe! Malheureuse, si tu échoues! Situ réussis, plus malheureuse encore! Pas de choix pour moi, mon bienaimé! Si Fiesque n’est pas doge, il est perdu. Si je l'embrasse doge, je n’ai plus d'époux.