‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 292 sur 372 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

LE PRÉSIDENT

Qu’est-ce-ci ? quoi? Mais je veux bien le pardonner à la tête romanesque.... Ferdinand!... je ne veux pas m’échauffer.... Entant inconsidéré, est-ce ainsi que tu me payes de mes nuits sans sommeil? de mes soucis incessants, de l’éternel scorpion attaché à ma conscience? C'est sur moi que tombe le fardeau de la responsabilité.... sur moi la malédiction, sur moi le tonnerre du juge.... Tu reçois ta fortune de la seconde main.... Le crime ne passe point à l'héritier,

Ferdinand étend la main droite l'ers le ciel.

Je renonce ici solennellement à un héritage qui ne pourrait me faire songer qu’avec horreur à mon père.

LE PRÉSIDENT

Écoute, jeune homme, ne m’irrite pas!... Si les choses allaient à ta tète , tu ramperais dans la poussière toute ta vie.

Oh! cela vaudrait toujours mieux, mon père, que de ramper autour du trône.

le président, étouffant sa colère.

Hum!... Il faut te forcer à reconnaître ton bonheur! Le but auquel dix autres ne peuvent atteindre , malgré tous leurs efforts, tu t'y trouves porté, en jouant, en dormant. Tu es enseigne à douze ans ! à vingt , major ! Je viens d’obtenir du prince que tu quitterais l’uniforme et entrerais au ministère! Le prince a parlé de conseil privé.... d’ambassades.... de faveurs extraordinaires. Une magnifique perspective s’ouvre devant toi.... Une route toute frayée au premier rang après le trône.... au trône même, si le pouvoir a autant de valeur que ses insignes.... Cela ne t’enthousiasme pas ?

FERDINAND

C’est que mes idées de grandeur et de bonheur ne sont pas tout à fait les mômes que les vôtres. Votre félicité ne se manifeste guère que par la ruine. L'envie, la crainte, la malédiction, sont les tristes miroirs où la grandeur de l'homme puissant se contemple avec un sourire de complaisance.... Les larmes, les imprécations , le désespoir, sont l’affreux festin dont se repaissent ces heureux si vantés, dont ils se lèvent, ivres, pour s’en aller ainsi, chancelants, dans l'éternité, devant le trône de

I/INTRIGUE ET L’AMOUR

Dieu.... Mon idéal de bonheur se renferme plus modestement en moi-môme.... C’est dans mon cœur que reposent enfouis tous mes souhaits.

A merveille! incomparable! magnifique! Me voilà revenu, après trente ans, à ma première leçon!... Seulement, il est dommage que ma tôte de cinquante ans soit trop dure pour apprendre.... Toutefois.... pour ne pas laisser se rouiller un si rare talent, je veux mettre quelqu’un auprès de toi avec qui tu pourras t’exercer à ton gré dans ces brillantes extravagances.... Th te décideras.... te décideras aujourd'hui môme.... à prendre une femme.

Ferdinand recule consterné.

Mon père!

LE PRÉSIDENT

Pas de façons.... J’ai envoyé à lady Milford une carte en ton nom. Tu voudras bien aller chez elle sans retard et lui dire que tu es son fiancé.

FERDINAND

A la Milford, mon père?

LE PRÉSIDENT

Si elle est connue de toi!...

Ferdinand, hors de lui.

De quel pilori dans le duché ne l'est-elle pas?... Mais je suis ridicule, mon cher père, de prendre au sérieux votre accès de bonne humeur? Voudriez-vous être le père du coquin de fils qui épouserait une courtisane privilégiée?

le président.

Mieux que cela. Je prétendrais inoi-même à sa main, si elle voulait d’un homme de cinquante ans.... Ne voudrais-tu pas être le fils de ce coquin de père?

FERDINAND

Non, aussi vrai que Dieu existe!

Une insolence, sur mon honneur! que je pardonne pour sa rareté....

FERDINAND

Je vous en conjure, mou père! Ne me laissez pas m'arrêter

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