‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 301 sur 372 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

honte. Je vous en prie, plus un mot de cela, milady.... 11 ne s’agit plus de perspective sacrifiée, ni d'aieux.... ni de ce gland d’épée, ni de l'opinion du monde.... Je suis prêt à fouler tout cela aux pieds, dès que vous m’aurez convaincu que le prix du sacrifice n’est pas pire que le sacrifice même.

milady, avec douleur, en s'éloignant de lui.

Monsieur le major, je n’ai pas mérité cela.

Ferdinand, lui prenant la main.

Pardonnez-moi. Nous parlons ici sans témoins. La circonstance qui nous réunit, vous et moi.... aujourd’hui, et pour cette seule fois.... m’autorise, me contraint, à ne pas vous dissimuler mes plus intimes sentiments.... Il ne peut m’entrer dans la tète, milady, qu’une dame de tant de beauté et d'esprit.... qualités qu’un homme apprécierait.... puisse s’abandonner à un prince qui a appris à n’admirer en elle que son sexe , et qu’en même temps cette dame n’ait pas honte d'offrir son cœur à un homme.

milady le regarde en face, avec un grand air.

Dites tout.

FERDINAND

Vous vous dites Anglaise. Perinettez-moi.... je ne puis croire que vous soyez une Anglaise. La fille libre du peuple le plus libre qui soit sous le ciel.... qui est trop fier, même pour encenser la vertu de l'étranger.... ne pourrait jamais se vendre aux vices de l’étranger. Il n’est pas possible que vous soyez une Anglaise.... ou il faut que le cœur de cette Anglaise soit d’autant plus petit que celui de l’Angleterre est plus grand et plus hardi.

MILADY

Avez-vous fini?

FERDINAND

On pourrait répondre : c’est vanité féminine.... passion.... tempérament.... amour du plaisir! Plus d’une fois, l'honneur a survécu à la vertu. Plus d’une femme, après être entrée avec ignominie dans cette carrière, s’est ensuite réconciliée avec le monde par de nobles actions, et a su, par le bel emploi de son crédit, ennoblir un odieux métier.... Mais d'où vient que le pays est aujourd’hui plus affreusement pressuré qu’il ne l’a jamais été?... Je viens de parler au nom du duché.... J'ai fini.

L’INTHIGUE ET L'AMOUH.

milady, avec douceur et noblesse.

C’est la première fois, Walter, qu’on ose m'adresser un discours de ce genre , et vous êtes le seul homme à qui je réponde sur de telles paroles.... Que vous rejetiez ma main, je vous en estime. Que vous calomniiez mon cœur, je vous le pardonne! Que vous pensiez sérieusement ce que vous dites , je ne le crois pas. Celui qui se hasarde à dire de tels outrages à une dame qui n’a besoin que d'une nuit pour le perdre, doit supposer à cette dame une grande âme, ou.... avoir perdu le sens. Vous faites retomber sur ma tête la ruine de cette contrée! que le Dieu toutpuissant vous le pardonne, Dieu qui un jour nous confrontera, vous, moi et le duc.... Mais vous avez provoqué en moi l’Anglaise, et ma patrie doit répondre à des reproches de ce genre. Ferdinand, appuyé sur son épée.

Je suis curieux....

MILADY

Écoutez donc ce que je n’ai encore confié à personne, ce que je ne veux jamais eonGer à nul autre qu’à vous. Walter, je ne suis pas l’aventurière que vous voyez en moi. Je pourrais me faire valoir et dire : Je suis du sang des princes.... de la famille du malheureux Norfolk, qui s’immola pour Marie d’Écosse.... Mon père, premier chambellan du roi, fut accusé d’entretenir des intelligences criminelles avec la France, condamné par une sentence du parlement et décapité.... Tous nos biens, confisqués, échurent à la couronne. Nous-mêmes fûmes exilés du pays. Ma mère mourut le jour de l’exécution. Moi.... jeune fille de quatorze ans... je me réfugiai en Allemagne, avec ma gouvernante.... une petite cassette de bijoux.... et cette croix de famille, que ma mère mourante avait mise dans mon sein, en me donnant sa dernière bénédiction.

Ferdinand devient pensif et jette sur milady des regards que rintérêt anime.

milady poursuit, avec une émotion toujours croissante.

Malade.... sans nom.... sans protection et sans fortune.... orpheline étrangère, je vins à Hambourg. Je n'avais rien appris qu’un peu de français.... à faire du filet, et à toucher du piano.... Je n'en savais que mieux manger dans l’or et dans l'argent, dormir sous des couvertures de damas, faire voler, au moindre

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