ACTE III, SCÈNE II
•E MARÉCHAL
Avez-vous perdu le sens?
LE PRÉSIDENT
V'oilà ce qu’il a répondu, ce qu’il était déjà prêt à exécuter.... J’ai à peine réussi à l’en détourner jusqu’ici par la plus 'humble attitude. Qu’avez-vous à dire à cela?
le maréchal, (l'un air hébété.
Ma raison s'y perd.
LE PRÉSIDENT
Passe encore cela! Mais en même temps mes espions m’informent que le grand échanson de Bock est tout prêt à demander la main de milady.
LE MARÉCHAL
Vous me rendrez fou à lier. Qui dites-vous? de Bock, ditesvous?... Mais savez-vous que nous sommes ennemis mortels? Et savez-vous pourquoi nous le sommes?
LE PRÉSIDENT
C’est le premier mot que j’en apprends.
LE MARÉCHAL
Mon très-cher! vous allez le savoir et vous en frissonnerez à sortir de votre peau. Vous souvenez-vous encore du bal de la cour.... il y a de cela près de vingt et un ans.... vous savez.... où l’on dansa la première anglaise, et où la cire bouillante d'un lustre tomba goutte à goutte sur le domino du comte de Meerschaum?... Ah! mon Dieu, vous devez certainement encore vous en souvenir!
Qui pourrait oublier pareille chose?
LE MARÉCHAL
Eh bien , voyez ! La princesse Amélie avait , dans la chaleur de la danse, perdu sa jarretière.... Voilà tout le monde, naturellement, en grand émoi.... De Bock et moi.... nous étions encore jeunes gentilshommes de la chambre.... nous nous traînons par tout le bal masqué, pour chercher la jarretière.... Enfin je l’aperçois.... de Bock le remarque.... de Bock s’élance dessus, me l’arrache .des mains.... je vous demande un peu! il l’apporte à la princesse et réussit à me soufller le compliment.... Que vous en semble?
422 L’INTRIGUE ET L’AMOUR
LE PRÉSIDENT
L’impertinent!
LE MARÉCHAL
Il me souffle le compliment.... Je pensai me trouver mal. On n’a jamais vu pareille malice.... A la lin, je reprends courage, je m’approche de Son Altesse et je lui dis : « Très-gracieuse dame ! de Bock a eu le bonheur de présenter la jarretière à Votre Altesse Sérénissime, mais celui qui le premier a aperçu la jarretière jouit au fond du cœur de sa bonne fortune, et se tait. »
LE PRÉSIDENT
Bravo, maréchal! bravissimo!
LE MARÉCHAL
• Et se tait.... » Mais j’en garderai rancune à de Bock jusqu’au jugement dernier.... Le vil et rampant Batteur!... Et ce n’était pas assez.... Au moment où nous tombions tous deux sur la jarretière , de Bock m’enlève toute la poudre du côté droit de ma coiffure, et me voilé défiguré pour tout le reste du bal.
LE PRÉSIDENT
Voilà l'homme qui va épouser la Milford et devenir le premier personnage de la cour.
LE MARÉCHAL
Vous m’enfoncez un poignard dans le cœur. Va épouser? va devenir? Et pourquoi va-t-il? Quelle nécessité?
LE PRÉSIDENT
Parce que mon Ferdinand ne veut pas et qu aucun autre ne se présente.
LE MARÉCHAL
Mais ne savez-vous donc absolument aucun moyen de décider le major?... Aucun, quelque bizarre et désespéré qu’il soit?... Que peut-il y avoir au monde de si répugnant qui ne nous agréât en ce moment pour supplanter cet odieux de Bock ?
LE PRÉSIDENT
Je n’en sais qu’un et il dépend de vou3.
LE MARÉCHAL
Il dépend de moi? Et ce serait?
LE PRÉSIDENT
De brouiller le major avec celle qu'il aime.
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