ACTE IV, SCÈNE VII
aurore se rencontrent? ( Très-amicalement et lui prenant la main.) C’est convenu, je veux faire ta fortune , ma chère.... Rien , rien qu'une douce et éphémère rêverie! ( Frappant sur les joues (le Louise.) Ma Sophie se marie. Tu auras sa place.... Seize ans! Cela ne peut pas durer.
Louise lui baise respectueusement la main.
Je vous remercie de cette faveur , milady , comme si je pouvais Taccepter.
milady, changeant de ton et s’emportant.
Voyez donc la grande dame! Ordinairement les filles de votre condition s’estiment encore heureuses de trouver une place.... Quelles sont donc vos prétentions, ma précieuse? Ces doigts sont-ils trop mignons pour travailler? Est-ce votre petit minois qui vous rend si dédaigneuse ?
LOUISE
Mon visage ne m’appartient pas plus , madame , que ma condition.
MILADY
Ou croyez-vous peut-être que cela durera toujours?... Pauvre créature, celui qui t’a mis cela dans la tête, quel qu’il soit.... vous a dupés , toi et lui-méme. Ces joues n’ont pas été dorées au feu. Ce que ton miroir te donne pour de l’or massif et inaltérable n’est qu’une mince écume superficielle , qui tôt ou tard restera dans la main de ton adorateur... Que ferons-nous alors?
LOUISE
Je plaindrai l’adorateur, milady, qui achetait un diamant parce qu’il lui paraissait enchâssé dans de l'or.
milady , sans vouloir faire attention à la réponse de Louise.
Une jeune fille de votre âge a toujours deux miroirs à la fois, le véritable, et son admirateur.... La complaisante souplesse du second corrige la rude franchise du premier. L’un dénonce une laide marque de petite vérole. « Loin de là, dit l’autre, c’est une fossette des Grà es. » Vous, bonnes filles, vous ne croyez, de ce que vous montre le premier , que ce que le dernier vous dit , et vous sautez de l'un à l’autre , jusqu’à ce que leurs deux témoignages finissent par se confondre à vos yeux.... Pourquoi me regardez-vous ainsi, tout ébahie?
L’I N'TIUCtUE ET L’AMOUR.
LOUISE
Pardonnez-moi, gracieuse dame.... J’étais occupée de plaindre ce superbe et brillant rubis, à qui il faut cacher que sa maîtresse prêche si sévèrement contre la vanité.
MILADY , rougissant.
Point d’écart , malicieuse!... Si ce ne sont pas les promesses de votre tournure, quelle autre raison au monde pourrait vous empêcher de choisir une condition qui est la seule où ‘vous puissiez apprendre le monde et les bonnes façons, la seule où vous puissiez vous défaire de vos préjugés bourgeois?
LOUISE
lit aussi de mon innocence bourgeoise, milady.
MILADY
Objection puérile! Le libertin le plus effronté n’ose se risquer à nous faire une proposition oll'ensante, si nous ne l’encourageons par quelque prévenance. Montrez qui vous êtes! Armez-vous de dignité et d'honneur, et je garantis votre jeunesse contre toute tentation.
« LOUISE
Permettez, gracieuse dame, que j’ose en douter. Les palais de certaines dames sont souvent l’asile des plus libres réjouissances. Qui pourrait attendre un tel héroïsme de la fille du pauvre violon, assez d’héroïsme pour se jeter au milieu de la peste, et y garder l'horreur de la contagion ? Qui pourrait se figurer, même ou rêve, que lady Milford entretienne auprès d’elle un éternel scorpion de sa conscience, qu’elle consacre des sommes d’argent à se procurer l'avantage de rougir de honte à chaque instant?... .le suis franche, gracieuse dame.... Ma vue vous réjouirait-elle, quand vous iriez à quelque divertissement? La supporteriez- vous, quand vous reviendriez?... Oh! plutôt, plutôt, que des zones entières nous séparent!... Que des mers coulent entre nous!... Soyez prévoyante, milady.... Des heures sans ivresse, des instants de lassitude pourraient vous visiter.... Les serpents du repentir pourraient assaillir votre cœur, et alors, quelle torture pour vous , de lire sur le v isage de votre fille de s en ice cette paix sereine par laquelle l’innocence récompense d’ordinaire un cœur pur! {Elle recule d'un pas. Encore une fois, gracieuse dame, je vous supplie de ine pardonner.