‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 343 sur 372 · ACTE IV, SCfcXE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCfcXE VII

milady, allant çà et là, avec toutes les apparences d'une grande * agitation.

Il est intolérable qu’elle me dise cela! Plus intolérable encore qu’elle ait raison ! [S'approchant de Louise cl la regardant fixement dans les yeux.) Enfant, je ne serai point ta dupe. De simples opinions ne s’expriment pas avec tant de chaleur. Derrière ces maximes se cache un ardent intérêt qui te représente mon service comme particulièrement all'reux.... et qui vient de donner tant de feu à ton langage.... et cet intérêt, (arec menace) il faut que je le découvre.

Louise, avec calme et noblesse.

Et quand vous le découvririez? Et quand, d’un coup de talon dédaigneux, vous éveilleriez le vermisseau offensé à qui son Créateur a encore donné un aiguillon pour se défendre contre l’injure?... Je ne crains pas votre vengeance, milady. La pauvre pécheresse sur l'infâme échafaud voit en riant la ruine du monde. Mon malheur est monté si haut que ma franchise la plus imprudente ne peut plus l'augmenter. ( Après une pause, très-sérieusement. ) Vous voulez me tirer de la poussière où je suis née. Je ne veux point l’anal} ser, cette grâce suspecte. Je me contenterai de demander ce qui a pii porter milady à voir en moi une folle qui rougit de son origine? Ce qui a pu lui donner le droit de s'ériger en créatrice de ma fortune , avant de savoir si je voulais accepter ma fortune de ses mains?... J’avais déchiré mes titres éternels aux joies de ce monde.... J’avais pardonné à la Fortune sa précipitation.-... Pourquoi m'y faire songer de nouveau?... Quand la Divinité même cache aux regards des créatures les rayons de sa gloire, pour que le plus sublime des séraphins ne frissonne point à la vue de sa propre obscurité.... pourquoi les hommes veulent-ils être si cruellement miséricordieux?... D’où vient , milady, que votre bonheur si vanté mendie l’admiration et l’envie de la misère?... Votre volupté a-t-elle donc un tel besoin que le désespoir joue auprès d’elle le rôle de Folie?... Oh! plutôt ne m’enviez pas un aveuglement qui seul peut encore me réconcilier avec nia barbare destinée.... Car enfin, l’insecte se trouve aussi heureux dans une goutte d’eau que si c'était un royaume céleste.... si heureux, si content.... jusqu’à ce qu’on vienne lui parler d’uu Océan où se

L’INTRIGUE ET L'AMOUR

jouent des flottes et des baleines.... Mais, soit! vous voulez me savoir heureuse? {Après une pause, s'approchant soudain de mtladij et F interrogeant à l' improviste. : ) Êtes-vous heureuse , milady? ( Celle-ci la quitte rapidement, tout interdite; /utuise la suit et lui met la main sur le cœur.) Ce cœur a-t-il aussi part au riant éclat de votre position? Et si en ce moment nous devions échanger cœur contre cœur, destin contre destin.... et si, avec l'innocence d’un enfant.... si sur votre conscience.... si , comme à ma mère, je vous demandais votre avis.... me conseilleriezvous cet échange?

milady, violemment émue , se jette sur le sofa.

Inouï, inconcevable! non, ma fille, non! Cette grandeur, tu ne l'as pas apportée au monde , et elle est trop juvénile pour te venir de ton père. Ne mens pas. J'entends la parole d’un autre maître....

Louise, la regardant dans les yeux d'un œil fin et pénétrant.

Il serait étrange, milady, que l'idée de ce maître ne vous fût venue qu’en ce moment et qu’avant cela pourtant vous m'eussiez déjà trouvé une condition.

milady se lève <Tttn bond.

C’est insupportable!.... Eh bien, oui! puisque je ne puis t’échapper.... Je le connais.... je sais tout... j’en sais plus que je n'en voudrais savoir. ( Elle s’arrête subitement, puis elle reprend avec une violence qui peu à peu s’élève jusqu'à la rage. ) Mais ose, malheureuse.... ose encore l’aimer ou être aimée de lui!... Que dis-je?... Ose penser à lui ou être une seule de ses pensées, à lui.... Malheureuse, je suis puissante, terrible.... Aussi vrai qu’il y a un Dieu, tu es perdue.

Louise, avec fermeté.

Sans ressource, milady, dè3 que vous l’aurez forcé à vous aimer.

MILADY

Je te comprends.... mais je ne veux pas qu’il maime. Je veux triompher de cetle honteuse passion , subjuguer mon cœur et écraser le tien.... Je veux jeter entre vous des montagnes et des abîmes ; je veux, comme une furie, traverser votre ciel. Il faut que l'effroi de mon nom , comme un fantôme disperse des malfaiteurs, vienne désunir vos baisers; que ta jeune et floris—

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