SCÈNE II
FERDINAND et LES PRÉCÉDENTS.
Louise l'aperçoit la première , et se jette au cou de Miller , en poussant un grand cri.
Dieu! Le voilà! Je suis perdue!
MILLER
Où?... Qui?
Louise montre le major de la main , en détournant le visage , et se serre avec plus de force contre son père.
Lui! lui-même!... Vous n’avez qu’à tourner les yeux , mon père.... C’est pour me tuer qu!il est ici!
miller l’aperçoit et recule vivement.
Quoi? Vous ici , baron ?
Ferdinand s’approche lentement , s'arrête en face de Louise , et fixe sur elle un regard scrutateur. Après une pause :
Trouble de la conscience surprise , je te rends grâce.... Ton aveu est terrible; mais prompt et sûr, et il m'épargne la torture. Bonsoir, Miller!
L’INTRIGUE ET L’AMOUR
MILLER
Mais, pour l’amour de Dieu ! que voulez-vous, baron? qu'est-ce qui vous amène ? Pourquoi nous surprenez-vous ainsi ?
FERDINAND
Je me rappelle un temps où l’on divisait le jour en secondes, où la passion de me voir s’attachait aux poids de la pendule , trop lents à descendre , où l’on épiait la pulsation qui marquait l’instant de ma venue.... D’où vient qu'aujourd’hui ma visite surprend ?
MILLER
Partez , partez, baron.... S'il vous est resté dans le cœur une étincelle d’humanité, si vous ne voulez pas égorger celle que vous prétendez aimer, fuyez , ne restez pas un instant de plus! La bénédiction de Dieu est sortie de ma cabane , du moment que vous y avez mis le pied. Vous avez appelé le malheur sous mon toit , où la joie seule séjournait auparavant. N'étes-vous pas encore satisfait? Voulez-vous encore fouiller la blessure que votre malheureuse connaissance a faite à mon unique enfant?
FERDINAND
Père étonnant , eh ! mais je viens pour dire à ta fille une joyeuse nouvelle.
MILLER
Peut-être de nouvelles espérances , suivies d'un nouveau désespoir?... Va, messager de malheur! Ton visage décrie ta marchandise.
FERDINAND
Enfin il apparaît à mes yeux , le but de mes espérances. Lady Milford , le plus terrible obstacle à notre amour, vient à l’instant de fuir loin du pays. Mon père approuve mon choix. Le destin cesse de nous poursuivre. Nos astres heureux se lèvent.... Je viens pour dégager la parole que j’ai donnée et conduire ma fiancée à l’autel.
MILLER
L’entends-tu , ma fille ? L’eutends-tu se faire un jeu de tes espérances déçues? Oh! en vérité, baron! cela va si bien au séducteur d’égayer encore son esprit sur son crime ?
Tu crois que je plaisante ? Non , sur mon honneur ! Ma parole