‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 357 sur 372 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

est vraie , comme l’amour de ma Louise , et je veux la tenir avec une foi aussi sainte qu’elle a tenu ses serments.... Je ne connais rien de plus saint.... Doutes-tu encore? La joie ne colore pas encore les joues de ma belle épouse? C’est étrange. Il faut que le mensonge soit ici monnaie courante , pour que la vérité y trouve si peu de créance. Vous vous défiez de mes paroles? Eh bien ! croyez-en ce témoignage écrit. (Il jette à Louise la lettre au maréchal. )

louise l'ouvre, et tombe, pâle comme la mort.

Miller , sans le remarquer, au major:

Qu’est-ce que cela signifie, baron? Je ne vous comprends pas.

Ferdinand le mène auprès de Louise.

Celle-ci ne m’en a que mieux compris.

miller se jette à genoux auprès de Louise.

O Dieu! Ma tille!

FERDINAND

Pâle comme la mort!... Voilà comme elle me plaît, ta fille ! Jamais elle n’a été si belle, ta pieuse et honnête fille.... Avec ce visage de cadavre ... Le souffle du dernier jugement, qui enlève le vernis de tous les mensonges , vient d’effacer le fard avec lequel la magicienne a trompé jusqu’aux anges de lumière.... C’est son plus beau visage! C'est, pour la première fois , son vrai visage! Laisse-moi le baiser! (Il veut aller à elle.)

Arrière! Loin d’ici! Ne t'attaque pas au cœur du père, enfant! Je n’ai pu la préserver de tes caresses ; mais de tes offenses , je le puis.

FERDINAND

Que veux-tu , tête grise? Je n’ai pas affaire à toi. Ne te mêle pas dans une partie qui est si évidemment perdue.... ou bien en saurais-tu plus long peut-être que je n’eusse supposé? As-tu prêté aux galanteries de ta tille la sagesse de tes soixante ans , et déshonoré par le métier d’entremetteur cette tête vénérable?... Oh! s'il n’en est pas ainsi, malheureux vieillard, couche-toi là à terre, et meurs.... 11 en est encore temps. Tu peux encore t’endormir dans cette douce illusion : « Je fus un heureux père!... » Un moment plus tard, tu jetteras cette vipère venimeuse dans son infernale patrie, tu maudiras ce don et celui

L’INTRIGUE ET L’AMOUR

qui te l’a fait , et tu descendras dans la tombe , le blasphème à la bouche. (/I Louise. ) Parle, malheureuse! As-tu écrit cette lettre ?

Miller , à Louise , avec sollicitude.

Au nom de Dieu , ma fille! n'oublie pas! n’oublie pas !

LOUISE

Oh! cette lettre, mon père!

FERDINAND

(ju'elle soit tombée dans de mauvaises mains!... Je bénis le hasard , il a fait de plus grandes choses que la subtile raison , et subira mieux l’épreuve du dernier jour que l'esprit de tous les sages.... Le hasard, dis-je?... Oh ! si la Providence intervient quand des passereaux tombent , pourquoi ]>as aussi quand un démon doit être démasqué?... Je veux une réponse.... As-tu écrit cette lettre ?

Miller, à part, à IjOuise, d'un ton suppliant.

Ferme ! ferme! ma tille ! Encore ce seul oui , et toute l’épreuve est surmontée.

FERDINAND

C’est charmant , charmant ! Le père trompé comme moi ! Tous trompés! Et voyez, comme elle est là, l'infâme, et comme à présent sa langue môme refuse l’obéissance à son dernier mensonge! Jure par le nom de Dieu ! par le nom redoutable du Dieu de vérité! As-tu écrit cette lettre?

Louise , après une cruelle lutte , pendant laquelle elle s'est entretenue des yeux avec son père, répond d’un ton ferme et décisif :

Je l’ai écrite.

Ferdinand s'arrête effrayé.

Louise!... Non! Aussi vrai que mon âme vit, tu mens.... L’innocence elle-même confesse , sur le chevalet , des crimes qu’elle n’a jamais commis. ... Je t’ai interrogée trop violemment. ... N’est-ce pas, Louise ?... Tu n’as avoué qu’à cause de la violence de ma demande ?

LOUISE

J'ai avoué ce qui est vrai.

FERDINAND

Non , dis-je ! non ! non ! Tu ne l’as pas écrite. Ce n’est pas du tout ta main.... Et quand ce serait ta main , est-il donc plus dif-

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