SCÈNE III
Les forêts do la Bohême.
SPIEGELBERG, RAZMANN, TROUPE DE BRIGANDS.
RAZMANN.
C’est toi? c’est vraiment toi? Viens, que je te presse dans mes bras à te réduire en bouillie, cher Maurice, frère de mon cœur? Sois le bienvenu dans les forêts de la Bohème. Eh! tu es devenu grand et fort! Mille tonnerres de Dieu! Tu nous amènes des recrues, tout un troupeau, excellent embancheur!
SP1EOELBERG.
N’est-ce pas , frère? n’est-ce pas? Et de fameux lurons , pardessus le marché!... Tu ne me croiras pas, mais la bénédiction de Dieu est manifestement avec moi. Je n’étais, n’est-ce pas? qu'un pauvre hère affamé, je n’avais rien que ce béton, quand je passai le Jourdain, et maintenant nous voilà soixante-dixhuit , la plupart boutiquiers ruinés , magisters et commis congédiés, des provinces de la Souabe : ça nous fait un corps de vrais gaillards, frère, de délicieux drôles, te dis-je, qui se volent l’un à l’autre les boutons de leurs culottes , et près de qui l'on est en sûreté avec son fusil bien chargé.... Et nous vivons à gogo , et jouissons d’une renommée à quarante milles à la ronde.... c’est vraiment inconcevable! Pas de numéro de la gazette où tu ne rencontres un petit article sur ce fin matois de Spiegelberg ; je n’y suis abonné que pour ça.... Us vous ont décrit ma personne de la tête aux pieds.... c’est à croire qu’on me voit; jusqu’aux boutons de mon habit, ils n’ont rien oublié. Mais nous les promenons honteusement par le bout du nez. Dernièrement , je vais à l'imprimerie , je prétends avoir vu le fameux Spiegelberg, et dicte, à un griffonneur qui était assis là le vivant portrait d'un médecin tueur de vers de l’endroit. Le signalement circule, mon homme est arrêté, mis à la question, et, dans son angoisse et sa bêtise, il vous avoue, le diable m’emporte! qu’il est Spiegelberg.... Tonnerre et tempête! J'étais sur le point de me dénoncer au magistrat , en voyant cette canaille profaner ainsi mon nom.... Comme je te le dis, trois