ACTE 1, SCÈNE I
pousse au sommet des chênes séculaires, et le lance par-dessus les fossés, les palissades, les torrents impétueux, cette ambition enfantine, cette invincible opiniâtreté et toutes ces vertus brillantes , qui germaient à vos yeux dans ce cher poupon , feront de lui un jour un ami ardemment dévoué à son ami , un excellent citoyen , un héros , un grand , oui , un grand homme.... » Voyez-vous maintenant, mon père? Cet esprit ardent s’est développé , étendu ; il a porté des fruits merveilleux. Voyez cette franchise, comme elle s’est joliment tournée en effronterie! Voyez cette tendresse, comme elle roucoule délicatement pour des coquettes , comme elle est sensible aux charmes d’une Phrvné! Voyez ce génie de feu: en six petites années, il a si bien consumé, jusqu’à la dernière goutte, toute l’huile de sa vie, qu’on dirait un fantôme promenant un corps vivant; et puis les gens viennent et ont l’impudence de vous dire : « C'est l'Amour qui a fait ça1!...» Ah ! oui , voyez donc cette tête hardie, entreprenante , comme elle forge et accomplit des plans qui éclipsent les exploits d'un Cartouche, d'un Howard! Et que sera-ce si ces germes brillants parviennent à leur pleine maturité ?... car , que peut-on attendre d'accompli d’un âge aussi tendre?... Peutêtre, mon père, réserve-t-il encore à vos vieux jours la joie de le voir à la tête d’une de ces années qui campent dans le silence sacré des forêts et soulagent la fatigue du voyageur, en le délivrant de la moitié de son fardeau. Peut-être pourrezvous encore, avant de descendre dans la tombe, faire un pèlerinage au mausolée qu'il s’élèvera entre ciel et terre. Peutêtre, ô mon père, mon père, mon père!... Cherchez un autre nom, ou bien attendez-vous à être montré au doigt par les boutiquiers et les polissons qui auront vu monsieur votre lils en effigie sur la place du marché , à Leipzig.
LE VIEUX MOOR
Et toi aussi , mon Franz , toi aussi ? O mes enfants , comme ils me percent le cœur!
FRANZ
Vous le voyez, je puis être spirituel, moi aussi, mais mon