‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 41 sur 372 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

LE BRIGAND MOOR à cheval, SCHWEIZER, ROLLER, GRIMM,

SCHUFTERLÉ , TROUPE DE BRIGANDS couverts de boue et de

poussière.

le brigand moor , sautant de cheval.

Liberté! liberté! Te voilà au port, Roller!... Emmène mon cheval, Schweizer, et lave-le avec du vin. (Il se couche sur la terre.) Il était temps!

razmann, ô Roller.

Mais, par la fournaise ardente de Pluton ! es-tu ressuscité de la roue?

SCHWARZ

Es-tu son ombre? ou suis-je fou? ou est-ce vraiment toi? roller, hors d’haleine.

C’est moi, moi, en personne, moi tout entier. D'où crois-tu que je vienne?

Demande à la sorcière! N'étais-tu pas déjà condamné sans appel?

ROLLER

Oui, vraiment, et plus encore. Je viens en droite ligne du gibet. Laisse-moi d'abord reprendre haleine. Schweizer va te conter la chose. Donnez-moi un verre d’eau-de-vie.... Et te voilà aussi de retour, Maurice? Je comptais te revoir ailleurs.... Donnez-moi donc un verre d’eau-de-vie! mes os ne tiennent plus ensemble.... O mon capitaine! Où est mon capitaine?

SCHWARZ

A l'instant, à l’instant!... Mais, dis-donc, jase donc! comment es-tu revenu de là? comment nous es-tu rendu? La tête me tourne. Du gibet, dis-tu?

roller avale dun trait un flacon d'eau-de-vie.

Ah! c’est bon! c’est un feu qui pénètre! Directement du gibet, te dis-je. Vous êtes là, tout ébahis, et ne pouvez croire à ce rêve.... C’est que je n’étais plus qu’à trois pas de l’échelle du diable, par laquelle je devais monter dans le sein d’ Abraham.... si près, si près.... j'étais déjà vendu, cuir et poils, pour la dissection! Tu aurais pu avoir ma vie pour une prise de tabac. C’est au capitaine que je dois le jour, la liberté , la vie.

LES BRIGANDS

SCHWEIZER

Ah! c'est un tour qui vaut la peine qu’on l’écoute. La veille, nous avions eu vent, par nos espions, que Roller était fièrement mariné, et qu’à moins que le ciel ne voulût bien tomber à point, il devait, avec le jour, le lendemain.... c’était comme qui dirait aujourd’hui.... prendre la route de toute chair. « Marchons! dit le capitaine; que ne vaut pas un ami?... Que nous le sauvions, ou non, nous voulons du moins lui allumer une torche funèbre, comme on n'en a encore vu luire pour aucun roi, une torche qui les grillera à leur roussir et bleuir le dos. » Toute la bande est commandée. Nous lui envoyons un exprès, qui lui fait parvenir la nouvelle dans un petit billet qu'il lui jette dans sa soupe.

ROLLER

Je désespérais du succès.

SCHWEIZER

Nous avions guetté le moment que les passages fussent déserts. Toute la ville courait à ce spectacle, cavaliers et piétons, péle-méle , et voitures ; le bruit et le psaume du gibet retentissaient au loin. « Maintenant, cria le capitaine, mettez le feu, mettez le feu! » Nos gaillards volent comme des flèches, incendient la ville à trente-trois coins à la fois, jettent des mèches enflammées dans le voisinage de la poudrière, dans des églises et des granges.... Morbleu! il ne s’était pas passé un quart d’heure que le vent du nord-est, qui doit avoir aussi une dent contre la ville, vint nous seconder à merveille et aida la flamme à monter jusqu’aux faîtes les plus élevés. Nous, cependant, nous montons et descendons les rues comme des furies.... criant ; « Au feu! au feu! » par toute la ville.... C’étaient des hurlements.... des clameurs.... un tumulte!... Le tocsin commence à bourdonner, la poudrière saute en l'air, comme si la terre avait crevé en deux par le beau milieu, et que le ciel eût éclaté, et que l’enfer se fût enfoncé de dix mille toises.

ROLLER

Et alors mon escorte regarda en arrière.... La ville ressemblait à Gomorrhe et à Sodome, tout l'horizon n’était que feu, soufre et fumée; quarante montagnes à la ronde renvoient les hurlements de ce tapage infernal; une terreur panique les ren-

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