ACTE 111, SCÈNE II
moor, avec une profonde tristesse.
Ah! que ne puis-je rentrer au sein de ma mère! que ne puisje naître mendiant!... Non, je ne demanderais rien de plus, ô ciel!... Oue ne puis-je devenir comme un de ces mercenaires!... Oh! je voudrais me donner de la peine, jusqu’à ce qu'une sueur de sang me ruisselât des tempes.... pour acheter ainsi la volupté d’un seul sommeil de midi.... le bonheur d’une seule larme. giumm aux autres.
Patience, la crise est sur son déclin.
MOOR
Il fut un temps où elles coulaient si aisément de mes yeux.... O jours de paix! château de mon père.... vertes vallées où je rêvais! ô vous toutes, scènes du paradis de mon enfance!... ne reviendrez-vous jamais?... ne rafraîchirez-vous jamais d'un souffle délicieux ma poitrine brûlante?... Prends le deuil avec moi. Nature!... Jamais elles ne reviendront, jamais elles 11e rafraîchiront d’un souffle délicieux ma poitrine brûlante.... Perdues! perdues! sans retour....
SCHWEIZER, avec de l’eau dans son chapeau.
SCHWEIZER
Tiens, bois, capitaine.... Voici de l’eau en quantité, et fraîche comme de la glace.
SCHWARZ
Eh! mais tu saignes.... Qu’as-tu fait?
SCHWEIZER
Une drôlerie, mon garçon, qui a failli me coûter deux jambes et une tête. Comme je trottais sur le coteau de sable, le long du fleuve, crac! ce misérable sol glisse sous moi, et je descends de dix pieds de haut, mesure rhénane.... Me voilà étendu de mon long, et comme je cherche à reprendre mes cinq sens, je trouve dans le gravier l’eau la plus limpide. « Assez pour une fois, pensai-je, voici qui régalera le capitaine. »
moor lui rend son chapeau et lui essuie le visage.
C'est qu’on ne verrait pas sans cela les cicatrices que les cavaliers bohèmes t’ont dessinées sur le front.... Ton eau était bonne, Schweizer.... Ces cicatrices te vont bien.
LES BRIGANDS
SCHWEIZER
liali! il y a encore de la place pour trente autres.
MOOR
Oui, enfants.... ce fut une chaude après-midi.... et n’avoir perdu qu’un homme.... Mon Koller est mort d'une belle mort. On placerait un marbre sur sa cendre , s’il n’était mort pour moi. Contentez-vous de ceci. (Il s'essuie les yeux.) Combien les ennemis ont-ils donc laissé d'hommes sur la place?
Cent soixante hussards.... quatre-vingt-treize dragons.... environ quarante chasseurs.... trois cents en tout.
MOOR
Trois cents pour un!... Chacun de vous a des droits sur cette tète. (Il se découvre la tête.) Je lève ici mon poignard. Aussi vrai que mon âme vit, je ne vous abandonnerai jamais!
SCHWEIZER
Ne jure pas! Tu ne sais si tu ne redeviendras pas heureux un jour et si tu ne te repentiras pas.
MOOR
Par les os de mon Koller! je ne vous abandonnerai jamais.
KOSINSKY entre.
kosinsky, à part.
C’est dans ces environs, me disent-ils, que je dois le rencontrer.... Hé! holà! qu’est-ce que ces figures?... Serait-ce,..? Quoi? si c’était.... Ce sont eux, ce sont eux!... Je veux leur parler.
SCHWARZ
Prenez garde! Oui vient là?
KOSINSKY.
Messieurs! pardonnez. Je ne sais si je m'adresse bien ou mal.
MOOR
Et qui faut-il que nous soyons pour que vous vous adressiez bien?
KOSINSKY.
Iles hommes.
L'avons-nous prouvé, oui ou non, capitaine?