ACTE IV, SCÈNE II
DANIEL
J’en atteste le Dieu qui sait tout, il ne m’a confié aucun secret.
FRANZ
Tu veux le nier? Quels complots avez-vous tramés, pour vous débarrasser de moi? N’est-ce pas de m’étrangler pendant mon sommeil? de me couper la gorge en me rasant? de m’empoisonner avec du vin ou du chocolat? Parle, parle!... ou de m'endormir du sommeil éternel au mo\en de ma soupe? Avoue donc! Je saft tout.
DANIEL
Que Dieu m’abandonne dans le besoin , si je vous dis rien , en ce moment, que la pure et entière vérité!
FRANZ
Cette fois, je veux bien te pardonner. Mais, n’est-ce pas, il t’a glissé bien sûr de l’argent dans ta bourse^ 11 t’a serré la main plus fort que ce n’est l’usage?... à peu près comme on la serre à d’anciennes connaissances ?
DANIEL
Jamais , mon maître.
Il t’a dit, par exemple, qu’il lui semblait te connaître déjà?... que tu devais presque le connaître? qu’un jour le bandeau tomberait de tes yeux? .. que.... Quoi! il ne t’aurait jamais rien dit de tout cela?
DANIEL
Pas un mot.
FRANZ
Que certaines circonstances le retenaient.... qu’on était souvent obligé de prendre des masques, pour pouvoir approcher de ses amis.... qu’il voulait se venger, se venger de la manière la plus terrible ?
DANIEL
Pas une syllabe de tout cela.
FRANZ
Quoi! rien du tout? réiléchis bien.... Qu’il avait connu.... connu tout particulièrement ton vieux maître.... qu’il l’aimait.... l’aimait extrêmement.... comme aime un lils....
LES BRIGANDS
DANIEL
Je me souviens d'avoir entendu de lui quelque chose de ce genre.
franz, pâle.
A-t-il, a-t-il réellement dit cela? Gomment? raconte-moi donc la chose! 11 t'a dit qu’il était mon frère?
Daniel, étonné.
Quoi! mon maître?... Non, il n’a pas dit cela. Mais comme .Mademoiselle le promenait dans la galerie (j’étais tout juste à essuyer la poussière qui couvrait les cadres des tableaux), il s’arrêta tout à coup, comme îrappé du tonnerre, devant le portrait de feu mon maître. La gracieuse demoiselle le lui montrait, en disant : « Un excellent homme!— Oui, un excellent homme! » a-t-il répondu, en s’essuyant les yeux.
• FRANZ
Ecoute , Daniel ! Tu sais que j’ai toujours été un bon maître pour toi : je t’ai donné la nourriture et le vêtement, et j’ai ménagé, en toute occasion, la faiblesse de ton âge!...
DANIEL
Que le bon Dieu vous en récompense! Et moi, je vous ai toujours servi honnêtement.
FRANZ
C’est ce que j’allais dire. Tu ne m’as de ta vie fait d’objection, tu sais trop bien que tu me dois l’obéissance en tout ce que je te commande.
DANIEL
En toute chose , de tout mon cœur , tant que ce ne sera ni contre Dieu ni contre ma conscience.
FRANZ
Chansons, chansons que cela! n’as-tu pas honte? Un vieil homme comme toi , croire à ce conte de Noël ! Va, Daniel , c’est une sotte pensée que tu viens d’avoir. Ne suis-je pas ton maître? C’est moi que Dieu et la conscience puniront, s’il y a un Dieu et une conscience.
Daniel joint les mains avec terreur.
Miséricorde du ciel!
FRANZ
Par ton obéissance! comprends-tu bien ce mot? Par l'obéis-