ACTE IV, SCÈNE II
Daniel, apres un moment de réflexion.
Je le ferai, demain je le ferai. (Il sort.)
FRANZ
La tentation est forte, et sans doute il n’est pas né pour être martyr de sa foi.... Bon appétit donc, monsieur le comte! Selon toute apparence, vous ferez demain soir le repas que sert le bourreau. Tout dépend, après tout, de l’idée qu’on se fait des choses, et bien fou qui s’en fait une idée contraire à ses intérêts. Le père, qui peut-être a bu une bouteille de trop, éprouve une certaine excitation.... et de là naît un homme, et l’homme était certainement la dernière chose à laquelle on pensât dans ce travail d'Hcrcule. Eh bien! j’éprouve aussi une certaine excitation.... et un homme en crève, et certes il y a là plus de jugement et d’intention qu’il n’y en eut dans sa procréation.... Si la naissance' de l’homme n’est que l’œuvre d’un accès tout animal, d’un hasard, qui pourrait se laisser aller, quand il s’agit de la négation de cette naissance, à y voir une importante réalité? Maudite soit la folie de nos nourrices et de nos bonnes, qui corrompent notre imagination par leurs contes effrayants, et impriment dans la tendre moelle de nos cerveaux d'horribles images de jugements vengeurs! si bien que, même à l’âge d’homme, d’involontaires frissons secouent nos membres par de glaciales angoisses , entravent nos résolutions les plus hardies, et enlacent dans les chaînes d’une ténébreuse superstition notre raison qui s’éveille!... Le meurtre! comme tout un enfer de Furies voltige autour de ce mot!... La nature a oublié de faire un homme de plus.... le cordon ombilical n’a pas été noué.... et toute cette fantasmagorie a disparu. C’était quelque chose, et ce n’est plus rien.... N'est-ce pas comme si l'on disait : C'était néant et devient néant?... et du néant nul ne se soucie.... L'homme naît de la bourbe, et barbote un moment dans la bourbe, et fait de la bourbe, puis pourrit et redevient bourbe, jusqu’à ce qu’à la fin il s'attache, sous forme d'ordure, à la semelle des souliers de son arrière-neveu. C'est là la fin de la chanson.... le cercle bourbeux de l'humaine destinée, et ainsi donc.... bon voyage, monsieur mon frère! Due le moraliste
LES BRIGANDS
hypocondriaque et podagre qui nous parle d’une conscience s’en aille chasser des mauvais lieux les femmes ridées , et torturer, au lit de mort, de vieux usuriers.... de moi il n’aura jamais audience. (Il s'en va.)