LE VIEILLARD
Pitié pour un malheureux! Pitié!
moor , effrayé, bondit en arrière.
C’est la voix de mon père!
LE VIEUX MOOR
Merci , mon Dieu! L’heure de la délivrance a paru.
MOOR
Ombre du vieux Moor! qu’est-cc qui t’a troublée dans ta tombe? As-tu traîné avec toi dans l’autre monde un péché qui te ferme les portes du paradis? Je ferai dire des messes , pour envoyer dans sa demeure ton <1me errante. As-tu enfoui sous terre l’or des veuves et des orphelins , qui te fait rùder, en hurlant , vers l’heure de minuit ? J’arracherai le trésor souterrain des griffes du dragon enchanté, dût-il vomir sur moi mille flammes ardentes , et grincer contre mon épée ses dents aiguës.... ou bien viens-tu pour résoudre, à ma demande, les énigmes de l’éternité? Parle , parle! je ne suis pas l'homme de la pâle crainte.
LE VIEUX MOOR
Je ne suis pas un esprit. Touche-moi, je vis, oh! d’une vie misérable , pitoyable
MOOR
Quoi? Tu n’as pas été enterré ?
LE VIEUX MOOR
J’ai été enterré.... c’est-à-dire un chien mort gît dans le caveau de mes pères , et moi.... depuis trois lunes déjà, je languis sous cette voûte obscure et souterraine , où pas un rayon ne m’éclaire , pas le moindre souffle ne me réchauffe , pas un ami ne me visite , où de sauvages corbeaux croassent , où hurlent le3 hiboux de minuit.
MOOR
Ciel et terre! Qui a fait cela?
LE VIEUX MOOR
Ne le maudis pas!... C’est mon lils Franz qui a fait cela.
LES B1UGANDS.
MOOB.
Franz? Franz?... O éternel chaos!
LE VIEUX MOOR
Si tu cs un homme, si tu as un cœur humain, sauveur que je ne connais pas, oh! alors, écoute le désespoir d’un père, l'état où ses lils l’ont réduit. 11 y a trois mois déjà que mes sanglots le racontent aux sourdes parois des rochers, mais l’écho creux n’a fait que singer mes plaintes. Si donc tu es un homme, si tu as un cœur humain....
MOOR
Une telle prière pourrait faire sortir les bétes féroces de leurs antres.
LE VIEUX MOOR
J’étais couché, souffrant; je commençais à peine à reprendre quelques forces , au sortir d’une maladie grave : on in’amena un homme, qui prétendit que mon lils ainé était mort dan? une bataille ; il m’apportait une épée teinte de son sang , et son dernier adieu , et il me dit que c'était ma malédiction qui l'avait poussé au combat, à la mort, au désespoir.
moor, se détournant vivement de lui.
C’est manifeste !
LE VIEUX MOOR
Écoute encore. Je m’évanouis à cette nouvelle. Il faut qu'on m’ait cru mort, car, lorsque je revins à moi, j’étais déjà couché dans le cercueil, et enveloppé d'un linceul, comme un mort. Je grattai au couvercle du cercueil. On l’ouvrit. 11 était nuit noire; mon fils Franz était debout devant moi. » Quoi’ cria-t-il d’une voix affreuse, veux-tu donc vivre éternellement? » et aussitôt le couvercle se referma sur moi. Le ton-
nerre de ces paroles m’avait privé de mes sens. Quand je m'éveillai de nouveau , je sentis qu’on levait le cercueil , puis , pendant une demi-heure , qu’on le conduisait dans une voiture. Enfin, il fut ouvert.... Je me trouvais à l’entrée de cette voûte, mon lils était devant moi, et l'homme qui m’avait apporté l’épée sanglante de Charles.... Dix fois j’embrassai ses genoux, je priais, je suppliais, je les embrassais et je le conjurais.... la prière de son père n’atteignit pas à son cœur.... • Dans le caveau ce squelette ! » telles furent les paroles dont