‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 84 sur 372 · ACTE IV, SCfcSE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCfcSE V

Oui , et par tous les soupirs terribles de ceux qui jamais ont péri par vos poignards, de ceux que ma flamme a dévorés et que la ruine de ma tour a écrasés, que nulle pensée de meurtre ou de proie ne trouve accès dans votre sein , jusqu'à ce que le sang de l’infime ait marqué vos habits à tous d’une trace écarlate.... Jamais sans doute vous n’aviez rêvé que vous étiez le bras des suprêmes puissances! Le nœud compliqué de notre destin est délié. Aujourd’hui, aujourd’hui, un pouvoir invisible a ennobli notre métier. Adorez celui qui vous a assigné ce lot sublime, qui vous a conduits ici, qui vous a jugés dignes d'être les anges redoutables de sa mystérieuse justice. Découvrez vos têtes! Agenouillez-vous dans la poussière, et relevez-vous consacrés! (Ils s’agenouillent.)

SCHWEIZER

Commande! capitaine! que devons-nous faire!

MOOR

Lève-toi , Schweizer, et touche ces saintes boucles. (Il le mène près de son père et lui met une boucle de ses cheveux dans la main.) Tu te rappelles encore comme un jour tu fendis la tête à ce cavalier bohème, quand il levait le sabre sur moi, et que, haletant, épuisé de fatigue, j’étais tombé à genoux! Alors, je te promis une récompense royale : je n'ai pu payer cette dette jusqu’ici....

SCHWEIZER

Tu me le juras, il est vrai, mais laisse-moi te nommer toujours mon débiteur.

MOOR

Non, je veux maintenant m’acquitter. Schweizer, jamais mortel ne fut honoré comme toi.... venge mon père!

(Schweizer se lève.)

SCEWEIZER.

Mon grand capitaine! aujourd’hui, pour la première fois, tu m’as rendu orgueilleux.... Commande, où! comment! quand dois-je le frapper!

MOOR

Les minutes sont sacrées, il faut aller au plus vite.... Choisis les plus dignes de la bande et conduis-les droit au château du

LES BRIGANDS

noble homme. Arrache-le de son lit , s'il dort ou s’il est couché dans les bras de la volupté ; tratne-le loin du festin , s’il est ivre; enlève-le de devant le crucilix, s'il est à genoux et en prières à ses pieds. Mais, je te le dis, je te l'enjoins impérieusement, ne me le livre pas mort. Je déchirerai en pièces et donnerai en pâture aux vautours affamés la chair de celui qui lui égratignerait seulement la peau ou romprait un de ses cheveux. Il me le faut entier, et si tu me le donnes entier et vivant, tu auras pour récompense un million , que je volerai à un roi , au péril de ma vie, et je veux qu’ensuite tu sois libre comme l'air dans son vaste espace.... M’as-tu compris! eh bien! hdte-toi!

SCHWEIZER

Assez, capitaine!... Voici ma main qui te répond de moi ; ou bien tu en verras revenir deux , ou pas un. Anges exterminateurs de Schweizer, venez ! {Il pari avec un détachement.)

MOOR

Vous autres, dispersez-vous dans la forêt.... Moi, je reste

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