A UN JEUNE AMI
QUI ÉTAIT SUR lü POINT DE SE CONSACMR A U PHILOSOPHIE',
Le jeune Grec avait à soutenir de rudes épreuves avant que le temple d’Éleusis reçût l’initié reconnu digne. Es-tu prêt et mûr pour pénétrer dans le sanctuaire, où Pallas Athéné garde le dangereux trésor! Sais-tu ce qui t’y attend! à quel prix tu achètes! Sais-tu que tu payes un bien incertain d’un bien assuré! Te sens-tu assez de force pour combattre le plus rude des combats, celui qui s’engage quand l’esprit et le cœur, le sentiment et la pensée se divisent! Te sens-tu assez de courage pour lutter contre l’hydre immortelle du doute, et pour marcher virilement à l’ennemi , au dedans de toi-même ! pour démasquer, d’un œil sain et d’un cœur saintement innocent, l’erreur qui te tente comme vérité! Fuis, si tu n’es pas sûr du guide que tu portes dans ton sein, fuis ces bords séduisants, avant que l’al'îme t’engloutisse. Bien d’autres ont marché vers la lumière, et n’ont fait que tomber dans une nuit plus profonde! L’enfance chemine sûrement à la lueur du crépuscule.
V tleiircx lie 17C5*
L’ÉGOiSME PIIIEOSOPIIIQUE
As -tu vu le nourrisson qui, sans avoir encore conscience de la tendresse qui le réchauffe et le berce , passe endormi d’un bras sur l’autre , jusqu’à ce que l’appel de la passion éveille le jeune homme, et que l’éclair de la conscience, brillante aurore, illumine à ses yeux le monde?
As-tu vu la mère, quand elle achète, au prix de son propre sommeil , le doux sommeil de son bien-aimé , s’inquiète de lui pendant qu’il rêve , nourrit de sa propre vie cette flamme tremblante, et ne se paye de ses soins que par ses soins mêmes?
Et toi, tu blasphèmes la grande nature qui , tantôt enfant et , tantôt mère , reçoit et donne tour à tour , et ne subsiste que par le besoin?
Te suffisant à toi-même, tu veux te dérober à cette belle i chaîne qui , dans une alliance intime , lie la créature à la I créature? Veux -tu, pauvre que tu es, subsister seul, et seul I par toi-même , quand la nature infinie ne subsiste elle-même que par l’échange des forces?