Celui qui paraît dans llainlet
SClIILLEa. — POÉSIES. 25
POÉSIES DÉTACHÉES
— CV.sfbien, soit! La pliilosophic a épuré vos scntimcnls et la sombre émotion fuit devant riiumeur .sereine.
— Oui , une rude et sèclie plaisanterie , pour nous rien de mieux ; mais l’afnictiou nous plaît aussi , pourvu qu’elle soit mouillée de larmes.
— Ainsi, l’on voit chez vous la danse léfzérc de 'l lialie auprès de la marche sérieuse de .Melpomène?
— Ni Tune ni l'autre ! 11 n’y a pour nous toucher que ce qui est chrétiennement moral, et ce qui est vraiment populaire, familier et bourgeois.
— Eh quoi! un César n’oserait plus se montrer sur vos scènes, ni un Achille, un Oreste, une Andromaque?
— Rien de tout cela ! On ne voit chez nous que des pasteui’s, des conseillers de commerce, des enseignés, des secrétaires ou des majors de hussards.
— Mais, je fen prie, mon ami, que peut-il donc arriver de grand à une telle clique? que peut-il par elle se faire de grand ?
— (Juoi? ils font des cabales, ils prêtent sur gages, ils empochent des cuillers d’argent, s’e.xpo.sent au pilori et à mieux.
— Mais où prenez-vous le grand et colossal Destin, qui élève l’homme quand il broie riiomme?
— Rêveries que cela! Nous et nos bons amis, nos chagrins, à nous, et nos peines, voib'i ce que nous cherchons et trouvons au théâtre.
— .Mais vous trouvez tout cela bien mieux et plus commodément à la maison ; ])Ourquoi vous fuir vous-mêmes , si vous ne cherchez que vous?
— Pardon, mon héros, c’est tout dilférent ; le sort est aveugle, et le poète est juste.
— Ain.si c’est votre nature misérable qu'on trouve sur vos scènes? jamais la grande nature, jamais l’inlinie?
— Le poète est l’amphitryon; le dernier acte, le festin ; quand le vice rend gorge, la vertu se met à table. »
POÉSIES DÉTACHÉES