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VUES ET ESPÉRANCES IDÉALES

Ainsi, tu veux me quitter , infidèle , avec tes aimables fantaisies , avec tes douleurs , avec tes Joies, avec tous tes dons? me fuir, inexorable? Uien ne peut-il arrêter ta fuite, ô âge d’or de

1. Ces sirophes ont |>aru d'abord dans l'atinonac/i det Ktuet de 1796. — Je n’ai pas vouiu traduire le pluriel die Idéale par le singulier « l’Idéal. » Ce

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nia vie’... Vaine plainte! tes Ilots descendent d’un cours rapide dans l’océan de l’éternité.

Ils sont éteints, ces beaux soleils qui éclairaient le sentier de ma jeunesse; il s’est évanoui, ce monde idéal qui gonflait autrefois mon cœur enivré'; elle s’est enfuie, ma douce croyance aux êtres qu’enfantaient mes rêves; ils sont la proie de la dure réalité, ces rêves naguère si divins et si beaux.

r.ouune autrefois Pigmalyon étreignit la pierre, avec une ardeur siipjiliante, jusqu’il ce que le feu du sentiment se ré-pandit dans les joues glacées du marbre ; ainsi de mes bras amoureux j’enlaçais la Nature, avec la passion de la jeunesse, jusqu’à ce qu’elle eût commencé à respirer, à s'écliauller sur mon sein de poète ’ ;

Kt (lue, jiartageant l’ardeur de ma flamme, elle trouvât, muette, un langage; me rendît le baiser de l’amour, et comprît la voix de mon cœur. Alors, pour moi, l’arbre , la rose s’animèrent ; la chute argentée des sources chanta à mon oreille ; les \ êtres inanimés furent eux-mêmes sensibles, comme par un écho de ma vie.

Par un tout-puissant effort, tout un monde éblouissant dilatait mon étroite poitrine , prêt à s’élancer dans la vie , en action et en parole , en images et en sons. Qu’elle était magni-

singulicr, dans Schiller, n’est nullement synonyme du pluriel, comme on peut s’en assurer en comparant à cette pièce celle qui a pour titre ; Das Idéal und das Men, a l’Idéal et la Vie. »

1. Hans l'Almanach des Hases se trouve, après ces mots, le passage suivant;

ï IjO beau fruit qui commençait à peine à germer, le voilà déjà flélri. Le présent, de sa rude main, me réveille de mes songes riants.

« La réalité enferme dans ses barrières l’esprit enchaîné; elle s’écroule, la création de mes pensées ; le beau voile de la poésie se déchire, s

2. Voici quelle était, sous sa première forme, la seconde moitié de cette strophe ;

( Ainsi les nœuds de mon amour s’enlaçaient autour de la statue de la Nature, jusqu'à ce que le rayon delà vie, d’un jet, traversât le cœur glacé de l'insensible. >

LES VUES ET ESPÉKANCES IDÉALES. 391 lique, la forme de ce monde, tant qu’il resta caché comme la fleur en son bouton ! Que de tout cela peu de chose est éclos , et ce peu , qu’il est chétif et petit ' !

Son hardi courage lui donnant des ailes, heureux de l’illusion de son rêve, ignorant encore le frein des soucis, avec quelle ardeur le jeune homme s’élançait dans la carrière de la vielJusqu’aux astres les plus pâles de la voûte éthérée s’élevait l'essor de ses desseins; rien de si haut, de si lointain où leur vol ne le portât.

Gomme aisément il y atteignait! Dans son bonheur, que jugeait-il impossible? Comme, devant le char de sa vie, dansait ce cortège de riants fantômes ! l’Amour avec son doux prix ; la Fortune avec sa couronne d’or; la Gloire avec son auréole étoilée ; la Vérité brillante, dans tout l’éclat du soleil !

Mais, hélas ! dès le milieu de la route, ses compagnons avaient disparu. Inlidèles, ils tournaient leurs pas ailleurs, et s’enfuyaient l’un après l'autre. La Fortune s’était échappée d’un pied léger; la soif de savoir n’était pas étanchée; les sombres nuages du doute s’amassèrent autour du brillant soleil de la Vérité.

Je vis les saintes couronnes de la Gloire profanées sur les fronts vulgaires. Par trop rapide, hélas! après un court printemps, la belle saison de l’Amour s’envola! Et toujours, sur le rude sentier, croissait le silence et croissait l’abandon; à peine l’Espérance jetait encore une pâle lueur sur le sombre chemin.

De tout ce cortège bruyant, qui donc est resté avec amour pi'ès de moi? (Jui se tient encore à mes côtés pour me consoler

I. Ici venait, dans la première ùlition, la strophe suivante :

« Tel qu’aux sources paisibles de la montagne, un (louve emplit lentement son urne, et plus loin gondc ses vagues majestueuses par delà ses liantes rives ; des pierres, de lourds rochers, des forêts se jettent dans sa route; mais lui, portant dos mâts orgueilleux, s’élance avec fracas dans le sein des mers :

« Tel s’élança le jeune homme, etc.... »

POÉSIES DÉTACHÉES

et me suivre jusqu'à la sombre demeure? C'est toi, Amitié, toi dont la tendre main doucement guérit toute blessure; toi qui, dévouée, partages les fardeaux de la vie; toi que, de bonne heure , j’ai cherchée et trouvée.

Et toi, qui volontiers t'associes à elle , qui, comme elle, conjures les orages de l'Ame ; toi , étude ; toi qui jamais ne te lasses, qui crées lentement, mais ne détruis jamais; toi qui n’apportes, il est vrai , à l'édilice des éternités que grain de sable sur grain de sable ; mais qui [jourtant effaces de la grande dette du temps des minutes, des jours et des années.

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