‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 165 sur 311 · LE MYSTERE · texte numérisé non relu

LE MYSTERE

Elle n’a pu me dire un seul petit mot; trop d'oreilles nous épiaient. Je n’o.sai interroger timidement que son regard, et j’ai bien compris ce qu’il di.sait. Je viens mystérieusement sous ton ombre paisible, tente de hêtres au beau feuillage ; sous ton Toile de verdure, dérobe les amants à l’œil du monde!

De loin j’entends la rumeur confuse des travau.x du jour, et, à travers le sourd murmure des voix, je reconnais les coups des lourds marteaux. Ainsi riiomme arrache amèrement à la rigueur du ciel son chétif partage, et pourtant le bonheur tombe, facile, acquis sans peine, du sein des dieux sur la terre.

Ah! que les hommes jamais n’apprennent comme ici, sans bruit, le lidèle amour nous rend heureux! Ils ne peuvent que troubler la joie, parce que eux-mêmes, la joie ne les ravit jamais. Jamais le monde ne permettra le bonheur ; on ne le saisit que comme une proie. Il faut le dérober ou le ravir, avant que l’envie te surprenne.

Il vient se glissant doucement sur la pointe du pied ; il aime le silence et la nuit; il fuit d’un pas rajiide des lieux où veille l'œil d'un traître. Entoure-nous, charmante source, des replis de les ondes changées en large lleuve, et, menaçante, de tes flots soulevés, défends ce sanctuaire.

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